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mercredi 29 août 2007

Sensuelle avec suite

ou l'irruption des corps dans l'édition. Dans un court billet d'information sur le blog de notre équipe (là), j'ironisais stérilement sur la couverture aguichante de la traduction par Yvonne André d'un roman de Wang Anyi 王安忆[Xiaocheng zhi lian 小城之戀] sous le titre d'Amour dans une petite ville sur le point de paraître aux Editions Philippe Picquier.

Je m'étais retenu de poursuivre sur cette voie glissante, le lieu ne se prêtant pas idéalement au développement oiseux qui va suivre. J'aurais quand même pu écrire que la présentation de l'éditeur - qu'on devrait voir en quatrième de couverture et qui devrait selon toute vraisemblance constituer le seul appareil critique accompagnant l'œuvre (1) -, était à l'unisson de cet emballage d'un type nouveau puisque après avoir dûment fourni l'amorce de l'intrigue en nous promettant « l’irruption du désir et des corps à une époque où ils étaient bannis », elle ajoute (c'est moi qui souligne) :

« Ce roman qui est le premier d’une trilogie (les deux autres romans sont en cours de traduction aux Editions Picquier) parue dans les années 1986-1987 en Chine, fit scandale par la franchise avec laquelle était abordée la sexualité. C’est un texte d’une grande violence, curieusement détaché aussi, sans autre morale que celle des corps, de la puissante palpitation de la vie, qui ne connaît ni barrière, ni loi ni tabou. »

N’ayant pas lu l'ouvrage, pas plus en chinois qu’en français, j'ai aussitôt imaginé qu'il contenait quelques descriptions d'une grande sensualité qui justifiaient le choix de la photo de couverture. Mais, la lecture de la présentation proposée dans le n° 695 de Livres Hebdo par J.-M. M. (?) m’a très rapidement ramené à la raison (c'est toujours moi qui souligne) :

« On appréciera dans ce conte, le changement complet de cadre [par rapport au Chant des regrets éternels (Yvonne André, Stéphan Lévêque (trad.),Picquier, 2006)], et son art de styliste. L'impressionnante retenue de la narration laisse deviner une protestation furieuse : deux destins ont été brisés. » Plus haut, il est même question « d'une description ‘neutre’ d'une passion qui lie, dès l'adolescence, deux jeunes danseurs dans une culture où la sexualité n'existe pas (puisqu'on n'en parle pas) et où rien n'est envisageable hors mariage. »

Depuis, Noël Dutrait a tranché le débat de la manière suivante : « Une couverture qui risque de décevoir le lecteur s’il pense lire un texte érotique à la gloire de l’amour physique. » (Voir ici) On peut donc se demander si l'éditeur qui affiche son désir de défendre l'œuvre de Wang Anyi ne lui a pas une nouvelle fois joué un bien vilain tour - le premier, pour ceux qui aurait la mémoire courte, fut la publication des Lumières de Hong-Kong (2001) dont Nicolas Zufferey avait relevé les lacunes [« Les Lumières de Hong Kong et les brumes de la traduction. A propos des éditions françaises de deux romans chinois contemporains », Perspectives chinoises, n° 75 janvier - février 2003, pp. 64-70] ; le second tour pendable, serait donc de lui faire enfiler des atours qui ne lui conviennent pas.

Certes, l'image est belle - qui s'en plaindrait ? -, mais, en s'y prenant ainsi, l'éditeur prend le risque d'influencer dans une direction erronée la perception du lecteur. Accordons lui qu'il le fait … ‘en toute conscience’. Il a, en effet, réfléchi de longue date au sujet et sait quoi répondre quand on lui demande s'il attache de « l’importance à la couverture du livre, et à sa qualité en tant qu’objet ? » (voir le relevé de ses propos ici) :

La couverture doit être en résonance avec le contenu du livre. Il faut qu’il y ait concordance entre l’intérieur et l’extérieur. Valoriser l’objet avec une image. On attache de plus en plus d’importance à l’objet. Nous avions déjà cette façon de faire à nos débuts.

A la question « Demandez-vous l’avis des auteurs pour la couverture ? », il répond :

La plupart du temps, ils nous laissent faire, même si parfois ils trouvent nos couvertures moches. Ils ne disent rien mais n’en pensent pas moins. C’est extrêmement difficile quand un auteur demande un droit de regard sur la couverture, cela pose toujours problème. Nous faisons des réunions chaque mardi où nous réglons les problèmes de titre. C’est souvent difficile car la traduction ne tombe pas bien, et il nous faut trouver un titre qui respecte à la fois l’idée de l’auteur et qui soit commercial. Le traducteur donne son avis et nous lui demandons souvent de faire une liste quand nous avons un problème.

L'emballage est donc un élément crucial de la politique éditoriale de cette maison, comme de bien d'autres, pour ne pas dire de toutes. Certes, la couverture n'est pas le seul élément à prendre en considération, mais c'est néanmoins celui qui s'impose en premier au lecteur ; c'est elle qui confère au livre, nous dit-on, son statut d'objet, d'objet commercial ! Ceci se comprend naturellement, mais il y a, là sans doute aussi, des limites à ne pas franchir.

Le point est plus important qu'il peut sembler au premier abord. Pour remplacer le terme dépréciatif d' « emballage », retenu jusqu'à présent, Gérard Genette avait, voici longtemps déjà, proposé une terminologie plus adaptée, savoir « péritexte » conçu comme partie du paratexte [ce qui se trouve autour d'un texte, « c'est-à-dire toutes les données textuelles qui présentent au lecteur le texte proprement dit et peuvent fonctionner pour lui comme des seuils, des orientations, ou des pièges » [Dictionnaires des termes littéraires, Champion « Classique », 2005, p. 353.]. Dans Seuils (Paris : Seuil, "Poétique", 1987, pages 20-37), justement, il avait fourni une pertinante analyse de tous les éléments qui constituent ce qu'il appelait le péritexte éditorial, savoir « toute zone du péritexte qui se trouve sous la responsabilité directe et principale (mais non exclusive) de l'éditeur ». Vingt ans plus tard, il devient criant que la réflexion menée alors sur la couverture tourne un peu court. Elle mériterait d'être poussée plus avant, car pendant les deux décennies qui nous éloignent de la sortie de cette magistrale étude, les éditeurs ont rivalisé d'audace et d'imprudence, pour ne pas dire de légèreté.

Pour en rester au volume en question - mais la question mériterait d'être étendue à tout un corpus et compléter de celle-ci : quel type de présentation, quels péritexte et paratexte doit-on accorder aux traductions de littérature chinoise ? -, on peut s'interroger sur l'impact que va produire cette couverture - non sur les ventes, ce n'est pas notre problème -, mais sur le lecteur. L'image de Wang Anyi auprès d’un public qui ne sait pas grand chose d'elle et pas plus de son œuvre, pourrait s'en ressentir gravement. La traductrice pourrait même se sentir impliquée dans cette présentation osée.

L'effet peut-être le plus inattendu de ce péritexte (couverture, quatrième de couverture, dossier de presse, filtrage commercial, ...) sur sa diffusion est sans aucun doute sa soudaine proximité avec des ouvrages avec lesquels le roman de Wang Anyi n'aurait jamais dû devoir frayer. En effet, quoi de commun entre l'ancienne « jeune instruite » née en 1954 et Swann de Guillebon et Patrick Saint-Just, et qu'est-ce qui peut rapprocher Amour dans une petite ville de Farang (Grasset, 2004) et des Folies de Bangkok (Media 1000, collection « Les interdits », 2006) ?

La couverture, peut-être (voir notre illustration), à la réserve que celle de Wang Anyi ne figurait pas encore en ligne sur Amazon, le site de vente qui a réalisé tout seul le rapprochement de ces trois romans [sur ce tour de force voir ici]. Pourtant, comment le nier : la confrontation montre un certaine familiarité entre les couvertures des deux premiers titres, et … qu'il y a toujours pire ! Elles sont sans aucun doute le fruit de cette recherche difficile et périlleuse d'un « équilibre » entre une perception du contenu et l'efficacité commerciale.

Mais plus vraisemblablement, le responsable de ce rapprochement dérangeant pourrait bien être le contenu des résumés fournis par les éditeurs de ces trois romans. Voici pour étayer cette hypothèse et dans cet ordre, ceux de Farang et des Folies - je ne reprends pas celui d'Amour dans une petite ville :

• Bangkok, nuits moites, foules affairées, poussière des soïs, dédale parmi les palais et les temples aux toits d'or. Une ville qui gronde même lorsque rien ne bouge. Mais l'étranger qui s'y perd n'entend pas la menace. Lorsque Tristan rencontre Joy, il ne sait pas que l'amour, en Thaïlande, est un processus conventionnel, impossible à contourner sans emprunter des chemins de traverse. Et quand la mafia de Chiang-Mai s'en mêle, Tristan, qui pense tout maîtriser, est dépossédé de lui-même. Qui dira à quel prix ? Même Monsieur Thran, ce fieffé innocent qui sait si bien se simplifier la vie en compliquant celle des autres, prétend ne pas connaître la fin de l'histoire. C'est pourtant lui, désormais, qui rabâche ce vieux proverbe d'Asie : « Il y a toujours deux extrémités à un bâton. »

• Des vacances de rêve en Thaïlande, voilà ce que voulait Hélène, une jeune prof libérée et aventureuse. Après les plages paradisiaques, elle se fait coincer à l'aéroport de Bangkok par erreur et prolonge contre son gré son séjour dans une prison locale. Pourtant ce n'est pas l'enfer quelle découvre, mais presque une colonie de vacances peuplée de femmes prêtes à tout pour tromper leur ennui. Dans la moiteur des cellules, les prisonnières et les gardiennes s'éclatent sans tabou, et Hélène s'aperçoit qu'en prison règne une certaine liberté... sexuelle ! Entre séances coquines au parloir avec son avocat obsédé et complicité avec des Thaïlandaises pas vraiment innocentes, elle se délure au rythme des journées occupées à tromper l'attente d'une libération. Après quelques mois d'incarcération, Hélène finira même par regretter son séjour en taule, à l'ambiance bien plus chaude que bien des clubs de vacances traditionnels.

« La sexualité sans barrière, ni loi, ni tabou » des Editions Picquier, la ville - certes celle de Wang Anyi n'est pas la capitale des débordements sexuels de l'Asie, mais bon, les outils informatiques mis en jeu n’ont pas le sens de la mesure suffisamment aiguisé -, ont, au bout du compte, une certaine connivence avec les « chemins de traverses » qui sont suivis dans le Bangkok suintant le cliché, et la « liberté sexuelle » qui s'affiche dans ces productions de second, voire de troisième, rayon.

Se pose alors une question : vaut-il mieux qu'un ouvrage soit « mal lu » mais abondamment, plutôt que « peu lu » et mieux apprécié ? Et cette autre interrogation : puisqu'il y aura une suite – « deux romans en cours de traduction » - et qu'il va bien falloir bâtir une unité graphique entre les trois volumes (sans doute du même type que celle qui fut trouvé pour les deux tomes d'Un moment à Pékin de Lin Yutang) quelle surprise les Editions Picquier réservent-elles à ses aficionados ?

Au sujet des couvertures, aussi sur ce blog : "Banc d'essai".

(1) Erreur ! L'ouvrage que j'ai pu feuilleter mais guère plus d'une minute en librairie s'ouvre sur un "Avant propos" de la traductrice, soit quelque trois pages de présentation que je prendrai le temps de lire un de ces jours prochains. A suivre donc ....

vendredi 26 mai 2006

In memoriam Aloïs Tatu


Aloïs Tatu n’est plus. Il a rendu son dernier souffle à la fin de l’année 2005 et personne n’a tenté de le ranimer. Un bilan de son “œuvre” est donc possible et sans doute souhaitable. Son évaluation quantitative ne pose aucun problème. Le décompte de sa contribution est facile à faire : en tout et pour tout, trois traductions, par lui signées, ont été publiés entre 1998 et 2005. La première (1998) est passée en format de poche (2002), la deuxième (2003), pas encore, le troisième (2005) est encore chaude. L’appréciation qualitative, quant à elle, viendra en son temps.
Elle ne pourra guère s’appuyer sur l’avis des lecteurs de ces trois ouvrages, car ils n’ont pas suscité beaucoup de commentaires. Les seuls que l’on trouve sur le net n’apportent pas grand chose au débat ; ils méritent pourtant d’être relevé. Je n’ai conservé que ceux qui proposent une appréciation sur les livres et ne se contentent pas de piller leur quatrième de couverture.

• Galantes chroniques de renardes enjôleuses
1. “Un livre dont il n'y a pas grand chose à tirer “ est l’avis formulé sur Shoshosein, qui se définit comme un “site sur l'Asie en général, et sur les mangas et l'animation en particulier”. Voici le jugement dans son intégralité initiale :

Dans la préface nous trouvons une jolie phrase d'accroche : Ce livre "nous fait entrer dans les sous-sol de la littérature de divertissement".Dès le départ je n'ai pas aimé la tonalité de type "conte", du genre "et il a fait ceci, et il a rencontré un dieu qui lui a dit que..." j'aime pas trop, d'autant plus qu'il y a de l'érotisme que dans le premier chapitre.
Une histoire au demeurant très courte : 12 chapitres de 6 pages chacun
histoire sans vraiment d'intérêt.
J'ai l'impression qu'on a artificiellement fait entrer ce roman vaguement érotique dans le Pavillon des Corps Curieux, en entrecoupant chaque chapitre d'illustration d'époque (explicites bien sûr). déçu.
Quant à "Les renardes par l'une d'elle", écrit par Solange Cruveillé, c'est
un historique des légendes sur les renardes, pas mal.
Pour vous faire un peu une idée de la forme :
On retrouve la même structure tout au long des chapitres :
"arrivé à ce point, vous vous demandez sûrement quelle était l'apparence de cette Immortelle? Eh bien, un quatrain va satisfaire votre curiosité" s'en suit 4 vers
Quant à la fin des chapitres, il y a toujours une formule, un "à suivre" : "si vous voulez savoir ce qu'il advient par la suite, eh bien écoutez ce que le chapitre suivant a à vous conter."
Enfin, 30 pages de notes, très bien faite, mais ralentissent la lecture. Elles peuvent se lire indépendamment, comme un lexique de culture chinoise.
Un livre dont il n'y a pas grand chose à tirer.
Docteur Spider, ne remercie pas sa chérie pour ce cadeau de la Saint Valentin (mais bon j'ai eu un super pull), 24/02/06
Dans le genre littérature chinoise classique, érotique et magique,
Le moine mèche-de-lampe semble meilleur...

2. Le Catalogue de la bibliothèque de Montréal fournit quant à lui en complément d’une notice bibliographique impeccablement établie, un court “résumé” équitable mais fort impersonnel :

Roman érotique anonyme, au ton parfois rabelaisien, qui date approximativement du milieu du 18e siècle. Une introduction (p.7-19) et une postface sur le thème de la renarde (p. 121-132) aident à mieux situer ce texte dans la tradition romanesque et folklorique chinoise. Comprend un lexique (p. 133-159) et des indications bibliographiques (p. 161-166). [SDM]


• Le pavillon des jades
1. La notice qui figure dans la rubrique livre du “Club des passionnés de l’Asie” du site Asiexpo le fait venir du Japon. Jean-Pierre Gimenez, son rédacteur, donne un résumé de l’ouvrage

Un homme n’arrivant plus à satisfaire son épouse, s’en va à la capitale suivant les conseils d’un ami. Ce dernier, plutôt faux, profite de l’occasion pour la séduire. S’en suivent quelques parties galantes que l’on qualifiera volontiers de lestes. Mais l’époux aussitôt attifé d’un appareil plus conséquent n’aura de cesse de rattraper le temps perdu, quitte à se fourvoyer avec un esprit démoniaque et à en perdre la tête.


et livre son commentaire

Réjouissant roman coquin et libertin de la Chine ancienne, “Le Pavillon des jades” se distingue par la verdeur de ses propos et la rougeur qui ne manquera pas d’empourprer vos joues à sa lecture.
2. Le Catalogue de la bibliothèque de Montréal toujours :

"Première traduction, toutes langues confondues", d'un roman érotique chinois, en langue vulgaire, dont l'intérêt reposerait, selon P. Kaser, en partie sur la "multiplicité des liens avec d'autres textes qu'il offre à la sagacité du lecteur". L'oeuvre expose une sexualité "saine et sportive" (cf. l'introduction p. 9-27, qui précise que la période de rédaction demeure à ce jour mystérieuse, mais postérieure à 1657). Répertoire, p. 149-163. On peut avoir des doutes sur "l'authenticité" de ce roman "plaisamment dérangeant". [SDM]


• Le moine mèche de lampe
1. Le Catalogue de la bibliothèque de Montréal encore :
Roman érotique du 17e siècle, avec famille mandarinale confrontée à quatre séduisants succubes, et moine lubrique. Introduction dialoguée de ton badin, p. 7-19. [SDM]
2. J’ai extrait les échanges suivants d’un des blogs du site psychologies.com.

Et puis, la librairie..
Mes achats du jour ??? Alors :
"Le Moine mèche de lampe" Pffff, pas dispo, et pas sûre de trouver, la dame.....c'est au moins la 4ème boutique où je me casse les dents, j'ai commandé, mais ... c'est un vieux livre de ...98 m'a dit l'employée !!! à suivre..


Commentaires
Tu peux commander Le Moine mèche de Lampe sur amazon.com. Je l'ai fait la semaine dernière et attends la livraison.Info au cas où ... ta libraire bloquerait. lol
Ne ferait-elle pas un peu de censure ?

Bises

Ailleurs sur le même site en commentaire à

Pour ceux et celles que se poseraient la question : ce n'est pas mon conte chinois qui a éveillé mes sens (un peu juste pour ce qui est de la suggestion) mais si vous en connaissez qui mettent le feu aux poudres, je suis preneuse ;-))

voici ce que l’on peut lire, rédigé par “Isa” le 21/7/2005 :

Pour le feux aux poudres, moi j'aime beaucoup
"le moine mèche de lampe" roman erotique Chinois.
J'aime bien l'effet que cela me procure...alone in my bed.....Oh my God !!!!
kiss

Instructif & déprimant !

vendredi 24 mars 2006

Mea culpa

Pour inaugurer cette nouvelle rubrique, je vais m’attacher - plutôt qu’à énoncer une profession de foi et des objectifs datés -, à dénoncer une petite erreur, une infime bévue qui s’est glissée dans un texte consacré justement à Li Yu 李漁.

Le mal n’est pas bien grand et, qui plus est, limité à la version française d’un des sous-chapitres du chapitre 15 de l’encyclopédie en ligne China ABC [Zhongguo baike 中国百科] sous site du sous site français du mega site web de la C[hina] R[adio] I[nternational] Online [Zhongguo Guoji Guangbo Diantai 中国国际广播电台].

Or donc, on trouve sur cette page, agrémentée du cliché représentant la statut de Li Yu qui trône au Jieziyuan 芥子園 - sorte de Musée dédié à Li Yu construit à Lanxi 蘭溪 (près de Jinhua 金華 au Zhejiang 浙江) -, une courte biographie intitulée “Li Yu, auteur dramatique chinois du 17e siècle”.

Celle-ci reprend les faits les plus connus et les plus souvent imaginés concernant Li Yu. Il insiste sur l’originalité du parcours de cet auteur dramatique qui en plus d’avoir composé “une grande quantité de pièces de théâtre, a également formé une troupe pour les interpréter”. Il rappelle qu’il fut “metteur en scène”, et qu’il “s’est également fait remarquer comme écrivain.”

“On peut ainsi citer « A mari jaloux, femme fidèle », « le Pavillon des jades » ou son roman le plus célèbre « De la chair à l’extase ». En puisant son inspiration dans ses propres expériences et connaissances, Li Yu a exploité un certain espace de création que seul un caractère individualiste prononcé pouvait développer. Dans ses romans, l’utilisation le plus souvent de la critique inversée était en fait un moyen de s’opposer à certaines idées traditionnelles.”

Ce n’est pas le concept de “critique inversée” qui m’a le plus fait sourire, mais le choix des titres retenus pour évoquer l’œuvre romanesque de Li Yu. Passe encore qu’on y retrouve les titres des traductions parues chez Picquier, savoir A mari jaloux, femme fidèle pour rappeler les Wushengxi 無聲戲 et De la chair à l’extase pour Rouputuan 肉蒲團, mais là où cela déraille, c’est lorsque le rédacteur en vient à évoquer Shi’er lou 十二樓 qui ne peut naturellement pas donner Le Pavillon des jades !

Un coup d’œil sur certaines des quarante autres versions [savoir l’anglaise, la japonaise, la mongole, l’arabe, la coréenne, la vietnamienne, la tchèque, l’italienne, la polonaise et l’allemande, sans oublier la version en espéranto et une autre dont je vous laisse deviner l’origine] montre que l’on a, à chaque fois, affaire à une variation plus ou moins libre réalisée à partir d’un même texte en chinois qui n’est pas celui proposé en caractères simplifiés, ni même celui en caractères non simplifiés.

Qu’elle que soit sa source, chaque traducteur s’est trouvé confronté à des titres qu’il a choisi de traiter à sa manière : contourner la difficulté en sautant le passage, retenir la facilité en les transcrivant en pinyin, sans remettre au chinois en les utilisant tel quel comme dans le cas du japonais ou encore, effort notable, en faisant œuvre créatrice en les traduisant, ou, ... simplement, en en donnant l’illusion.

Gageons que notre traducteur francophone - lequel ne se débrouille pas si mal que cela -, a dû hésiter un moment avant de se résoudre à emprunter des titres déjà utilisés à un catalogue d’éditeur ou un site web.

C’est ainsi que pour Shi’er lou, à la place de Douze pavillons [traduction pas forcément idéale, mais pratique et parlante], nous n’en avons plus qu’un seul en jade !

Ceci dit en passant, Le Pavillon des jades, traduction de Bi Yu Lou 碧玉樓 ne figure pas au catalogue Picquier en ligne nouvellement ouvert et accessible > ici < , pas plus que dans le dernier catalogue papier de l’éditeur ! Son avenir est sans aucun doute compromis. Ce n’est, fort heureusement, pas le cas des Carnets secrets qu’évoque notre traducteur inconnu sous le titre piquant suivant : « Lettres des humeurs ».

vendredi 3 mars 2006

Déprimant ?

Quelque peu confus d’avoir à présenter un ouvrage à la moralité douteuse et au style pour le moins sommaire, mais dont les défauts eux-mêmes étaient révélateurs d’un style d’écriture à visée purement commerciale, j’ai usé dans l’introduction des Galantes chroniques de renardes enjôleuses, traduction du Yaohu yanshi, roman à l’érotisme torride, de l’image du «gâteau cent fois bon» dont, ai-je écrit, “la lecture ne devrait pourtant pas être trop indigeste à qui sait mastiquer ou dispose d’un solide estomac.” [Picquier, 2005, p. 16]
Un astérisque placé juste après le mot “gâteau” invite tout naturellement le lecteur à consulter le répertoire à la page 142, où il peut lire :

Ce «gâteau cent fois bon» est celui confectionné par un chien et un chat dans le conte pour enfant imaginé par le peintre et écrivain tchèque Josef Capek (1887-1945). On en trouve de nombreuses adaptations dans toutes les langues dont celle des « Albums du Père Castor » (Un gâteau cent fois bon, traduit par L. Hirsch, Paris, Flammarion). Il fait bien comprendre que l’accumulation d’ingrédients a pour effet de produire un ensemble indigeste, impropre à la consommation.

En fait, au départ - c’est à dire voici plus de dix-huit mois, car ces Chroniques sont restées en attente pendant un an et demi avant d’être finalement publiées ! -, la notice était un peu plus longue, sans doute trop longue ... tout est affaire de jugement. La voici dans sa totalité, discursive à souhait, boursouflée comme je les aime :

Ce «gâteau cent fois bon» est celui confectionné par un chien et un chat selon une recette fort simple : « Tu mets dans ton gâteau tout ce qu’il y a de meilleur à manger et, quand tu as mis tout ce qu’il y a de meilleur, eh bien, le gâteau est le meilleur des gâteaux ! Si, par exemple, tu prends cinq des meilleures choses, ton gâteau est cinq fois bon. Si tu en mets dix, ton gâteau est dix fois bon. Nous, nous mettrons les cent meilleures choses, et nous aurons un gâteau cent fois bon. » Le problème, c’est qu’emportés par le mouvement, les deux pâtissiers amateurs dépassent la mesure et confectionnent le gâteau le plus indigeste du monde. Fort heureusement pour eux, un méchant chien le leur chaparde. Ce conte pour enfant a été imaginé par le peintre et écrivain tchèque Josef Capek (1887-1945). On en trouve de nombreuses adaptations dans toutes les langues. Celle que nous venons de citer figure dans les “Albums du Père Castor” (Un gâteau cent fois bon, traduit par L. Hirsch, Paris, Flammarion). Josef Capek est plus connu dans le monde des lettres pour ses essais sur l’art, son recueil de méditations en prose (Pèlerin boiteux, 1936), ses Poèmes du camp de concentration (1946) et les ouvrages qu’il écrivit en compagnie de son frère Karel Capek (1890-1938) « figure emblématique de l’intellectuel de la première République tchécoslovaque » (A. Maréchal) à qui on attribue généralement l’invention du mot « robot » (R.U.R., Rossum’s Universal Robots, 1920) qui reviendrait en fait à son frère aîné.

A la réflexion, ce gentil fatras n’est éloigné qu’en apparence des renardes qui hantent l’imaginaire chinois et donnent une tonalité si particulière à ce petit roman qui serait sans nulle doute resté inédit en traduction sans l'amicale insistance de Jacques Cotin -- du reste, qu’y a-t-il de si incongru à inciter les plus curieux à découvrir des auteurs fort prisés dans leur pays - les frères Capek [prononcez ‘tchapek’] - et à inviter à explorer les relations existant entre le sujet de départ - les créatures fantasmagoriques des Chinois d’antan - et les robots des Occidentaux d’aujourd’hui ?

Il n’y a pas à creuser longtemps pour s’apercevoir que les belles androïdes des fictions modernes ne sont pas si différentes de ces créatures de l’entre-deux qui peuvent se révéler tantôt nuisibles, tantôt bienfaisantes ou passionnément amoureuses. Sans aller chercher très loin, il n’est que d’évoquer les créatures imaginées par Philip K. Dick - mort un 2 mars voici très exactement 24 ans et un jour - dans notamment Do Androids Dream of Electric Sheep ?, librement mis en images par Ridley Scott dans Blade Runner (1982).

La version la plus élaborée de ces créatures sorties de l’imagination masculine rappelle toujours par certains côtés la fausse Maria du Metropolis (1927) de Fritz Lang (1890-1976). Elle, ou il (?), est le spécimen le plus ancien qui figure dans le Top 50 des Robots établi par le magazine Wired (Issue 14.01) ; elle n’y figure qu’à la 26e place. Mon préféré de la liste, HAL 9000, traîne, pour sa part, à la 47e place avec ce commentaire :

Some tasks are too important to be left to humans. Just ask Hal 9000 from 2001: A Space Odyssey. The 1968 [Stanley Kubrick’ s] film gave the world the ultimate all seeing, all knowing - and apparently all ego - A[rtificial].I[ntelligence] villain. It set the standard for machines that can think (and kill) like us but are too powerful to control.

Quant à la charmante Actroid-DER [et ses camarades que l’on peut voir sur le site japonais Kokoro-dreams (!)], androïde femelle développée pour assurer des fonctions d'accueil du public, actuellement opérationnelle en japonais, chinois, coréen et en anglais, et présentée à l’Exposition Internationale de 2005 à Aichi au Japon, elle ne figure pas au palmarès, tout comme la plupart des meilleures réalisations dans ce domaine qu’on peut découvrir sur Android World.

Mais tout ceci n’est-il pas un peu “déprimant“ comme le dirait sûrement l’attendrissant Marvin, l’androïde paranoïaque et dépressif inventé par Douglas Adams (11 mars 1952-11 mai 2001) pour The Hitchhiker's Guide to the Galaxy.

N’est-il pas tout simplement mignon ? [voir l'illustration ci-dessus]

vendredi 11 novembre 2005

Bis repetita

J'étais bien confiant le 28 octobre dernier en claironnant un peu vite que j’étais enfin débarrassé de Confucius et de Lin Yutang. Erreur, double erreur, car me voilà à nouveau confronté à l’un et surtout à l’autre.

Pour faire court, voici en deux mots ce qui est arrivé.

Ma préface n’a pas plu : exit donc les 25 000 signes amoureusement agencés et les quelque 4000 mots par lesquels je tentais – avec beaucoup d’indulgence - de faire la part des choses afin de permettre au lecteur attentif de mieux apprécier la nature du livre qu’il allait lire. Peine perdue !, ce n’était « pas la bonne préface pour ce livre ».

Il fallait donc en refaire une, ou plutôt faire, enfin, la « bonne » préface, ou pour dire les choses autrement une préface mieux intentionnée, voir carrément laudative, qui soit en harmonie avec la volonté de l’éditeur de « favoriser la redécouverte de Lin Yutang et de proposer une lecture de Confucius, qui, malgré toutes ses lacunes et son caractère daté, en propose une vision personnelle et susceptible d'intéresser le grand public. »

Le grand public ! Eh ! C’est que je ne l'avais pas en tête, moi, le « grand public » en rédigeant un texte que j'ai mis en ligne afin que chacun puisse juger sur pièce. Il est vrai qu’il ne vaut mieux pas lui dire n’importe quoi au « grand public », sinon ... il n’achète pas.

Ceci dit en passant, ce n’est sûrement pas la teneur un peu critique d’une préface qui peut détourner un lecteur potentiel du passage à l’acte. La quatrième de couverture me semble plus déterminante dans les choix d’une fragile poussière de « grand public » qui fréquente encore les librairies et qui garde plus de trente secondes en mains un ouvrage qu’une couverture attrayante lui aura fait distinguer entre mille.

Bah ! Il n’y a pas de quoi faire un fromage et, du reste, il y a pire tourment que de devoir remettre l’ouvrage sur l’établi ?

En fouillant dans les documents accumulés ces derniers temps sur mes deux héros, je suis tombé sur la photo de la page d’accueil du site taïwanais dédié à Lin Yutang, photo reproduite ci-contre et sur laquelle le vieil homme arbore un sourire désarmant. En le regardant aussi satisfait de lui, comment en vouloir à cet homme d’avoir pondu un si mauvais livre ?

Reste en suspens une interrogation de fond : pourquoi tous ceux de mes amis qui ont eu un livre de Lin Yutang en mains, l’ont-ils aussi franchement détesté ? Serait-ce à cause (je cite) de son ‘indécrottable misogynie’, son ’opportunisme puant’, son ‘paternalisme rétrograde’ ou seulement son ‘manque de génie littéraire’ ? Je repousse l’examen de se problème à un futur lointain, en me disant qu’un auteur qui aime Li Yu ne peut pas être si « mauvais », mais il faudra bien un jour approfondir.

Mais finissons-en avec cette Sagesse. S’il s’agit comme je le pense d’une commande d’éditeur, je ne peux décemment pas lui reprocher de l’avoir fait, puisque ma collaboration sur ce projet n’était finalement motivée que par le … profit. Comme quoi, et c’est ce que les événements actuels et la vie nous prouvent tous les jours, c’est - je ne suis pas le seul à le penser de temps en temps - Xunzi, et non Kongzi et Mengzi, qui avait raison : "l’homme est naturellement mû par l'amour du profit !" 人之性,生而有好利焉。

Il n’empêche qu’il a des manières plus agréables de passer un 11 novembre.

C’est décidé, je n’accepterai plus n’importe quoi, ou alors, il faudra y mettre le prix. Nobody’s perfect.

jeudi 15 septembre 2005

Banc d'essai


Journée notable à plus d'un titre. En fait, au moins deux :

1. J'ai fini mon travail pour l'IAEU, ce qui ne veut pas dire que je me sens beaucoup plus léger car au moins deux échéances m'attendent dans la foulée .....

2. J'ai reçu aujourd'hui en avant-première la couverture de Galantes chroniques de Renardes Enjôleuses (traduction du Yaohu yanshi 妖狐艷史) qui va sortir bientôt aux Editions Philippe Picquier dans la collection "Le Pavillon des Corps Curieux" dirigée par Jacques Cotin.

Ma première réaction est la déception, car a. l'illustration que j'avais suggérée, il y a maintenant juste un an quand je rendais le manuscrit, n'a pas été retenue et b. celle qui a été choisie ne me plait pas vraiment !

Certes, il n'y a pas de quoi fouetter une renarde, mais pourquoi ne pas vous demander de juger sur pièce ?
Si vous voulez donner votre avis, voici comment vous y prendre : cliquer sur l'illustration à gauche pour la voir apparaître en plus grand, regarder attentivement ; la couverture retenue est à gauche, mon projet (avec un titre provisoire qui n'a pas résisté), à droite ; puis localisez, la commande 'Commentaire', juste au-dessous, là c'est ça, à gauche : un petit clic dessus et vous pouvez voter.

vendredi 18 mars 2005

Esprit es-tu là ?

Nouveau dilemme :

comment répondre à la gentille proposition des Editions Picquier d'accomplir pour leur compte le même travail de révision que pour L'importance de vivre sur la traduction française de The Wisdom of Confucius de Lin Yutang ?

La réponse est délicate sans avoir relu l'ouvrage (1939) et sa traduction (1948), surtout après avoir trouvé sur le net la critique suivante :

A disastrous work that perpetuates misinformation about Confucius' life, strips the numbering off the Analects, loses half of them and throws the rest into a jumbled order presumably meant to read as a flowing narrative. Includes contemporary language, but many terms and phrases are badly chosen and clash with the overall tone of the work. Some passages are badly distorted ; most of them read like dubbed dialogue in a martial-arts movie. Not recommended for anyone or anything, except as an example of what not to do.

Qui a dit chiche ?

jeudi 13 janvier 2005

Carnets secrets

Le volume XXIII (2004) d'Études chinoises vient de paraître. Un beau pavé de 590 pages. (Sommaire consultable sur le site de l'AFEC.)

J'y ai participé en réalisant un compte rendu pour les Carnets secrets de Li Yu de Jacques DARS (Picquier, 2003), qu'on peut lire pages 532 à 540 ou ici.

Sur le site de la revue Lire, Armelle Godeluck a écrit :

Quel joyeux énergumène ce Li Yu ! Un lettré poète, essayiste, dramaturge, un fantaisiste et un esthète, un inventeur et un jouisseur, bref un électron libre qui vécut en Chine de 1611 à 1680. Et qui paya sa liberté d'esprit d'une impécuniosité chronique. De larges extraits de ses Notes au gré d'humeurs oisives nous sont offerts, agrémentés d'estampes (ici, une courtisane). Curieux de tout, du charme féminin comme de l'arrosage des bambous, du plaisir amoureux au printemps comme du secret des nouilles fameuses, Li Yu se laisse boire comme du petit lait.

Elle a bien raison.