mardi 20 mars 2007

Astrokongologie

Au lieu de cet "AstroKongologie" pour le moins cavalier, ce billet aurait pu (ou dû) s'intituler "De l'usage (risqué) de l'astrologie dans les études sinologiques", ou si l'on veut se restreindre à un domaine précis "De l'usage (risqué) de l'astrologie dans la 'Kongologie'" plus communément appelée "études confucéennes". Je m'explique.

Kongzi alias Confucius est - comme 32334 autres célébrités, dont 16072 "avec heure de naissance connue" -, honoré d'un thème astral par le site astrotheme.fr. Celui-ci a été consulté pas moins de 840 fois, permettant à Confucius de devenir le 2241° homme et la 3787° célébrité de ce palmarès surprenant dans lequel il figure avec une date de naissance curieusement arrêtée au 28 juillet - 551 - heure de naissance inconnue (sic) - à Chan-Tong (sic) (Chine).

La question que l'on peut se poser est la suivante :
l'astrologie dispose-t-elle d'armes efficaces pour mieux apprécier le plus fameux penseur de la Chine ancienne ? A chacun de juger en lisant ces extraits arbitrairement retenus, ou, pour plus d'impartialité, en se rendant directement sur le site. (ici)

Passons donc sans plus tarder au thème établi - est-il besoin de le signaler et ceci est-il aussi important ? -, à partir d'une date de naissance des plus douteuses. Je rappelle qu'elle est généralement fixée au 28 septembre - 551 ! - mais ceci n'est sans doute qu'un détail.

Après trois chapitres qui accumulent d'indigestes généralités (savoir "
Les dominantes planétaires de Confucius", les "Eléments, Modes et Polarités pour Confucius", les "Dominantes : planètes, signes et maisons pour Confucius"), on aborde (enfin !) le vif du sujet avec une approche de :

1. Sa sensibilité

Vous êtes [sic] sensible à la beauté des choses et vos réactions émotionnelles sont souvent d'ordre esthétique car vous recherchez, jusque dans les apparences, l'équilibre et l'harmonie si nécessaires à votre bien-être. Vous identifiant avec une grande facilité aux uns et aux autres, vous êtes doué pour mettre en valeur ce qu'il y a de meilleur en eux et résoudre avec tact et diplomatie leurs problèmes. Mais, .../..., vous risquez de développer une trop grande dépendance aux autres tant vous souhaitez leur approbation. Cette indécision constante peut être difficile à vivre autant pour vous-même que pour votre entourage car elle vous pousse plus à la contemplation qu'à la création et vous êtes souvent tenté de remettre à plus tard ce que vous avez à faire, à moins que vous ne préfériez user de votre charme pour que l'on se décide à faire le travail à votre place. Mais tant que règne l'harmonie... n'est-ce pas l'essentiel ?

2. Son intellect et sa vie relationnelle

Vous avez [re-sic] une énergie intellectuelle et nerveuse considérable, un bon pouvoir de concentration et une grande détermination. .../... Et gare à celui qui ne partagerait pas vos opinions ! Plus que déterminé, vous saurez alors vous montrer entêté et inflexible car vous n'admettrez pas facilement que l'on trouve à redire sur vos idées ou réalisations. Certains pourraient y voir une manière autoritaire de s'imposer avec même parfois une légère condescendance, mais cela, vous n'en serez pas conscient et continuerez donc de penser que vous avez raison.

3. Son affectivité, sa façon de séduire

.../... Sans doute n'êtes-vous pas l'être le plus extraverti du monde. .../... Quelle que soit l'intensité de l'amour que vous portez à un être, il ne doit pas attendre de vous de fracassantes déclarations. Mais bien plutôt une fidélité sans faille à cet attachement, un dévouement réel motivé par le désir de bâtir une relation privilégiée, isolée, choyée. Il est probable que la tendresse soit la clé de votre épanouissement affectif. .../... Vous appartenez sans doute à cette catégorie d'amant ou d'amante pour qui le temps est un atout plus qu'un ennemi. .../... Votre sensibilité vous porte de toute façon à éviter les excès et débordements et selon vous, faire ainsi permet de trouver le bonheur sans aucun risque.

4. Sa volonté et ses motivations profondes

Psychologiquement, vous êtes d'une nature rêveuse, tournée vers la nostalgie du passé, vers la mère, vers la famille : tout en instinct, tout en protection ou défense de votre être vis à vis de l'extérieur, vous possédez une vie intérieure riche, une imagination fertile voire même infinie, une propension à éviter tout risque inutile, à rechercher la sécurité en ne vous dévoilant que lorsque la confiance est là, une nostalgie du passé pour le sentiment de bien-être qu'il vous rappelle. .../... Vous êtes émotif, sentimental, paisible, imaginatif, sensible, fidèle, résistant, protecteur, vulnérable, généreux, romantique, tendre, poète, paternel ou maternel, rêveur, indolent, gourmand, dévoué, mais vous pouvez aussi être craintif, irréaliste, fuyant, passif, susceptible, angoissé, dépendant, entêté, lunatique, passéiste, paresseux, pesant, casanier ou hermétique. .../... La tendresse compte pour vous plus que la sexualité même si elle est également un facteur de sécurité et de stabilité. Vous appréciez énormément de redevenir le petit enfant gâté que vous étiez, savourant les petits plats ou recevant les compliments réguliers dont vous avez tant besoin pour vous sentir rassuré. .../... Votre foyer sera généralement heureux et riche, calme et harmonieux dans la durée.

5. Sa capacité d'action

Impulsif, impatient, rapide et énergique vous ? Oui bien sûr, . Vous êtes courageux et capable d'efforts intenses et très importants sur une courte durée ; et quel rythme ! Que ce soit dans le sport ou bien sur le plan de la sexualité, vous n'êtes pas du genre à réfléchir, vous agissez, un peu "à la hussarde" et instinctivement.

Bon, abrégeons .....

Vous parlez avec franchise sans vous soucier de l'opinion de l'autre et surtout sans supporter qu'il ne vous freine ou qu'il ne vous juge. Avec vous, cela passe ou cela casse, ce qui fait que tous vos échanges relationnels ne s'embarrassent pas de diplomatie ou de compromis. Vous êtes trop franc et trop entier pour perdre du temps avec de la finesse ou de la ruse mais c'est ce qui fait votre charme d'un certain côté car avec vous au moins, on sait à quoi s'en tenir.

Vient enfin la "
Conclusion" :

Ce texte n'est qu'un extrait du portrait de CONFUCIUS, qui nous l'espérons vous donnera le goût d'approfondir vos connaissances en astrologie et vous incitera à visiter et utiliser les nombreuses applications gratuites de www.astrotheme.fr. Si vous souhaitez obtenir votre propre portrait astrologique, bien plus complet que celui de CONFUCIUS, il vous suffit de le commander votre Portrait astrologique complet ....

Personne ne s'y trompera. Il s'agissait de retenir l'attention du visiteur naïf pour parvenir à lui vendre un service soit personnel - "Un portrait psycho-astrologique complet qui vous apporte bien davantage que toutes les études astrologiques habituelles !", soit en rapport avec l'objet de ses attentions, savoir le "portrait astrologique complet de votre célébrité préférée" lequel se négocie à 17 € 90. Il est "bien plus complet que les extraits de Portraits de célébrités affichés par dizaines de milliers sur Astrotheme". 11 dominantes planétaires avec 57 caractéristiques sont passées en revue, chiffrées et interprétées; vient ensuite un portrait psychologique détaillé : pour vous apporter, dans un document complet de 35 à 40 pages, des informations captivantes et inédites sur... vous-même !"
Qui dit mieux ?

On croit rêver, ou plutôt cauchemarder, car il est même possible d'évaluer sa "compatibilité avec 32312 personnages célèbres" dont Confucius, Gao Xingjian et 112 autres personnalités chinoises. Mais, mieux vaut garder raison en se replongeant très vite dans les écrits du lumineux Voltaire, lequel né le 21 novembre 1694 à 17h30 à Paris (France) bénéficie d'une popularité supérieure à celle de Confucius puisque son thème a été consulté quelque 4200 fois, qu'il est ainsi devenu le 291° homme et qu'il occupe la 538° place dans le catalogue des célébrités "astrothèmées".

Grâce au
Voltaire intégral, nous voici déjà dans le Dictionnaire philosophique à la rubrique Astrologie :

Que de deux astrologues consultés sur la vie d’un enfant et sur la saison, l’un dise que l’enfant vivra âge d’homme, l’autre non; que l’un annonce la pluie, et l’autre le beau temps, il est bien clair qu’il y en aura un prophète,

Superstitions : Il est des sages qui prétendent qu’on doit laisser au peuple ses superstitions, comme on lui laisse ses guinguettes, etc. .../.... Que de tout temps il a aimé les prodiges, les diseurs de bonne aventure, les pèlerinages et les charlatans.../... Il est d’autres sages qui disent: « Aucune de ces superstitions n’a produit du bien; plusieurs ont fait de grands maux: il faut donc les abolir. » .../...
Jusqu’à quel point la politique permet-elle qu’on ruine la superstition? Cette question est très épineuse; c’est demander jusqu’à quel point on doit faire la ponction à un hydropique, qui peut mourir dans l’opération. Cela dépend de la prudence du médecin. .../... Peut-il exister un peuple libre de tous préjugés superstitieux? C’est demander: Peut-il exister un peuple de philosophes? On dit qu’il n’y a nulle superstition dans la magistrature de la Chine. Il est vraisemblable qu’il n’en restera aucune dans la magistrature de quelques villes d’Europe,


et
Caractère, avec réflexion qui n'est pas sans rapport avec notre sujet :Quand on ne réfléchit pas, on se croit le maître de tout ; quand on y réfléchit, on voit qu’on n’est maître de rien.

Ceci mérite réflexion. Qu'en pensez-vous ?

jeudi 15 février 2007

Le livre idéal


Pour l'instant, le Bardadrac de Gérard Genette (Le Seuil, "Fiction & Cie", 2006) est pour moi le livre idéal. Il l'est autant par sa forme - celle d'un dictionnaire, sorte de "puzzle d'objets - épiphanies contingentes, idées bonnes ou mauvaises, souvenirs vrais et faux, partis pris esthétiques, rêveries géographiques, citations clandestines ou apocryphes, maximes et caractères, apartés, boutades et digressions" (p. 7) -, que par le fond, tour à tour touchant, drôle, instructif, profond. Le style est toujours aussi prenant. Merveilleusement bien écrit, mais toujours proche de l'oralité - il faut le lire avec le son de la voix de Genette dans l'oreille [se rendre ici, pour entendre une de ses conférences : "Peut-on aimer un genre ?"].
Bref ce libre est ... extra. Rien d'étonnant de la part de l'auteur de Palimpsestes (1982), Seuils (1987), mes titres préférés d'une longue liste d'écrits qui occupent une place importante dans ma formation littéraire.

On peut prendre Bardadrac par n'importe quel bout, dans n'importe quel ordre, le laisser de côté aussi longtemps qu'on y est contraint, et le reprendre au hasard : à chaque fois, c'est une délicieuse surprise comme, page 76, au début de cette article intitulé Colloque :

Succession réglée de soliloques, bizarrement baptisés "communications", en principe relatifs à un sujet commun, prétexte flasque à toutes digressions.

Il y a aussi ces deux excroissances - dictionnaire à l'intérieur d'un dictionnaire - Médialecte (pp. 220-274) qui d'Abnégation à Zigue donne une liste de mots du "dialecte propre au médias au sens large (presse écrite, radio, télévision, Internet), avatar récent du français, dont il reflète et accélère une évolution parfois fâcheuse" et Mots-chimères (pp. 287-297) déjà évoqué ici.

vendredi 9 février 2007

Autopromotion

J'ai un peu délaissé PiKaBlog pour un autre Blog - celui de l'équipe à laquelle j'appartiens, la Jeune Equipe Littérature chinoise et traduction. Il a pour nom de code Blog-LCT dans la liste des liens de cette page. Il est né le 18 novembre dernier sur Blogger, formule entièrement gratuite et très agréable à utiliser.

En une dizaine de semaines, j'y ai publié les 12 billets existants à ce jour (09/02/07). Les sujets abordés ne manquent certes pas d'intérêt, mais sont assez éloignés de mes préoccupations chéries. En conclusion, ce nouvel espace sur la toile n'empiète en rien sur les autres.

Si le moment d'en faire l'inventaire n'est pas encore venu, je constate que j'ai un peu tardé à assurer la promotion d'un autre de mes points d'ancrage sur la toile qui accueille depuis le 1er septembre 2006 des photos dont le nombre augmente lentement pour atteindre 33 à ce jour. Ce sont pour la grande majorité d'entre eux des clichés pris à Beijing / Pékin lors de mes deux derniers séjours.

Le site qui les abrite - Flickr.com - est lui aussi d'un emploi simple et à ce jour totalement gratuit pour son usage limité, mais je suis encore bien loin d'en exploiter toutes les possibilités.

Si l'on choisit de diffuser ses photos sans restriction, il permet de savoir combien de fois celles-ci ont été visionnées. Pour ce qui concerne les miennes, cela va de 0 fois (!) à 14. Aucune n'a encore reçu de commentaire, par contre plusieurs d'entre elles - en fait deux ! - ont été retenues au moins une fois. Merci à celle qui les a intégrées dans ses favoris. Voir l'illustration ci-contre sur laquelle mes photos sont indiquées d'une flèche.

Mais ne perdez plus un seul moment, allez vite visionner mon petit album et n'hésitez pas à laisser des commentaires - si le cœur vous en dit, bien entendu. C'est >> ici.

Vous pouvez également ouvrir un autre album à partir d'ici. Déjà beaucoup plus volumineux, il devrait encore s'enrichir de nouvelles vues très prochainement.

jeudi 8 février 2007

Vive le cochon

Ce court billet juste pour souhaiter à tous et toutes une excellente année du cochon 猪年, laquelle commence en ce 18 février 2007 pour s'achever le 6 février 2008 laissant enfin la place à une année du rat 鼠年.

Que cette année dinghai 丁亥, soit donc pour chacun pleine de surprises agréables, de bonheur inespérés, de joies inattendues.

Je souhaite également que ces cochons numériques qui l'illustrent, volés à Yongge 勇哥, n'irritent personne. Ne sont-ils pas mignons ? En effet, je ne me sens pas tenu de suivre les restrictions imposées aux télévisions chinoises, comme le rapporte cet article du Monde.

Du reste, je conseille à tous de profiter de la paix de ce jour inaugural et des suivants pour lire une version drolatique de l'histoire des Trois petits cochons 三只小猪. Il s'agit de celle de Lin Changzhi 林长治 qui en a fait la première leçon de son Q ban yuwen Q 版 语文. Vraisemblablement, l'ouvrage, initiallement publié aux Editions Yunnan renmin et interdit à la vente en librairie, n'est plus accessible que sur internet, ici, , ou encore . [Une rapide et ancienne (4/1/05) présentation et des liens intéressants sont encore accessibles ici.]

On retrouve la même dérision chez Wang Xiaofeng 王小峰 qui s'en prend à nouveau à Confucius dans son dernier billet et qui ne semble pas apprécier le premier jour de l'année : 春节很无聊,睡又睡不着,上网写博客,写得更无聊。[Sur Wang Xiaofeng, voir ici.]

mardi 30 janvier 2007

47 ?

En ce jour anniversaire - le mien et le 59ème de la mort du Mahatma Gandhi (1869-1948) - , je vous invite à écouter un morceau de musique qui s'impose pour un chiffre qui interroge :

• la musique est de Charles Ives (1874-1954) et s'intitule The Unanswered Question. Pour en savoir plus sur ce morceau datant de 1906, il faut consulter "A Descriptive Catalogue of The Music of Charles Ives". Ailleurs, on nous dit que "Charles Ives's "Unanswered Question" was the first piece of the 20th Century using spatial separation as a major element of the composition. He specified three groups of instruments to be placed around the concert hall, or even off-stage. One, a solo trumpet, keeps asking the eternal question; the second, increasingly irate and jabbering winds, tries to respond; and the third, a soothing background of soft strings represents the constant harmony of the universe" et l'on peut aussi s'amuser avec un 'inaural 3D positioning software to move the musical parts around in an imaginary hall' ! Pourquoi se priver ?

• l'illustration provient d'un site de circonstance, portant le nom énigmatique de The 47 Society

Rien à ajouter, sinon cette citation empruntée au grand Jean de La Bruyère (16 août 1645 - 10 mai 1696), mort "célibataire et pauvre", "d'une attaque d'apoplexie", à seulement 50 ans :

Celui qui continue de cacher son âge pense enfin lui-même être aussi jeune qu'il veut le faire croire aux autres.

samedi 13 janvier 2007

En travaux

Tous ceux qui ont la chance de se rendre fréquemment à Pékin peuvent voir la ville se transformer à la vitesse grand V. Ce ne sont pas seulement les vieux hutong qui laissent la place à des constructions modernes. Les sites historiques font également peau neuve pour accueillir le flot des touristes attendus en 2008. Les grands monuments font bien naturellement l'objet des plus vives attentions. C'est aussi vrai des sites moins prestigieux. La comparaison des deux clichés ci-contre, pris à plus de trois mois d'intervale [respectivement le 19/09/06 et le 1/01/07] donnent une idée des transformations que subit en ce moment le Guozijian (Collège impérial) de Pékin. C'en est sans doute bientôt fini du charme désuet de ce lieu encore fort peu fréquenté.

Le Kong miao est lui aussi en pleine restauration. C'est bien mérité car, comme le Collège voisin, le Temple de Confucius avait besoin d'un sérieux coup de pinceau. Pour l'heure, on ne peut que s'incliner devant les statuts du Maître de Qufu et on doit attendre la fin de l'année pour y faire à nouveau brûler l'encens d'offrande.

Si l'on se fie au regain d'intérêt pour Confucius, le lieu devrait voir s'y presser en masse le public chinois qui s'entousiasme pour les émissions et les écrits qui vulgarisent la pensée du Maître. Le dernier numéro du Sanlian shenghuo zhoukan 三联生活周刊 (Life week) lui consacre du reste un dossier [子曰——从南怀瑾到于丹的通俗路径] et lui réserve sa couverture. Danwei n'a pas manqué de noter la sortie de ce numéro dans un billet intitulé "What Confucius said".

A noter que Yu Dan 于丹 se place, toujours en ce début d'année 2007, et ce depuis quelques semaines déjà, en première position des meilleures ventes de livres à Pékin avec un ouvrage sur le Lunyu 《论语》[savoir《〈论语〉心得》]. Elle y trône juste devant Liu Xinwu 刘心武 qui s'y trouve, quant à lui, pour des écrits sur Hongloumeng 《红楼梦》lequel tient, pour sa part, la sixième position dans les ventes de romans ! La Chine est vraiment surprenante ! Qui - à part quelques hurluberlus idéalistes -, aurait parié un kopec sur le renouveau des études classiques, il y a vingt ans ? Il est vrai que ce regain se fait en empruntant des voies parfois bien surprenantes : voir à ce sujet cet autre billet de Danwei ou aller directement consulter ce billet (en chinois) déposé par Wang Xiaofeng 王小峰 (rédacteur au Life Week) sur son blog personnel. Il s'agit d'un Lunyu xinde 《论语》新得 aussi désopilant que peu respectueux du Maître et de ses prosélytes modernes.

lundi 18 décembre 2006

No comment

Au rythme où je me penche sur ce blog, je pense que ce billet sera le dernier de 2006. C'est aussi le centième. Pour finir cette année en beauté, je reproduis ici un courrier reçu ce jour. Il ne nécessite aucun commentaire. Le voici donc dans sa rafraîchissante spontanéité, mais débarrassé de toute marque permettant d'identifier son auteur(e), et, qui plus est, accompagné de tous mes vœux :

Cher Monsieur,

Quelle joie de trouver vos coordonnées grâce à un ami, Xxxxx Xxxxxx, qui s'occupe du "rayon" Chine ancienne sur le site de l'université de Xxxxxx au Xxxxxx ! J'habite à St xxxxx xxx xxxxx à côté de Xxxxxx et j'ai fait mes études à X. Or, ne voilà-t-il pas que j'ai entrepris d'écrire un roman sur la vie de Confucius!
Et je voulais savoir quelle était la date officielle de la naissance de ce cher grand homme. Xxxxx, en cherchant, est tombé sur votre site. Quelle merveille cela peut être pour moi, si cela ne vous ennuie pas, de vous poser
des questions sur cette époque passionnante. Mais ce petit mot n'est qu'un premier pas pour faire votre connaissance. Je vous parlerai ensuite de mon projet qui a pour titre "Xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx." car j'en suis à la page 200 environ et confucius n'est pas encore né! L'arrière plan féodal et tous les personnages que l'on découvre dans le Tchouen ts'iou et beaucoup d'autres textes que j'ai téléchargés!, est pour moi une mine inépuisable! Bref j'envisage d'être le Walter Scott de Confucius car j'ai évidemment de ce grand homme un peu coincé une vision plus romanesque; je ne voudrais pas, cependant, tout en gardant ma liberté de romancière farfelue, proposer des non-sens.Il est bien évident que ce que l'on sait de Confucius ne compose que de petits pointillés et que j'ai envie parce que sa générosité anti-taoïste ne peut être que saluée (vouloir s'occuper des autres, quel admirable choix mais si pesant!), lui composer un long portrait plein d'amour et de fantaisie. Pourquoi me suis-je intéressée à Confucius? Vraiment, on se le demande car, il y a encore quelques années je savais tout juste où la Chine se trouve sur le globe terrestre!
J'espère que vous pourrez me consacrer quelques atomes de votre temps précieux!
Amicalement.Xxxxx Xxxxxxx.

'No comment' (suite). Ma réponse à la précédente missive a suscité un nouvel envoi que voici :

Merci beaucoup de votre rapide réponse. J'ai lu,en effet par curiosité, tous les romans sortis sur Confucius et ils sont gravement nuls. Ce qui est la fois un bien et un mal puisque cela signifie que je n'ai à craindre aucun concurrent... parce que la tâche est ardue.. J'ai lu le "Confucius" de Lévi. Je lui ai même emprunté l'idée de faire de la mère de Confucius une chamanesse, ce qui m'a permis d'inventer une scène de danse du dragon hautement sexy. Quant à la date de naissance du grand homme, il faut bien qu'il naisse un jour donné, je tiens à ce que cela se passe neuf mois après le printemps car, j'imagine sa conception lors d'une fête à la Granet, suivi d'un petit tour sur la colline N'qiu!
Merci encore. Amicalement. Xxxxxx.

vendredi 1 décembre 2006

Supprimer l'auteur

La commande en ligne de livres est rendue d'autant plus indispensable qu'on habite loin d'une véritable librairie. Amazon s'impose comme l'interlocuteur idéal : choix immense, rapidité et efficacité, voire même parfois gratuité, du service. Disposer dans un temps assez court de livres inaccessibles à Marseille est, pour moi, largement suffisant, mais la société offre plus et multiplie les services inutiles. A quoi bon cet onglet qui ouvre une page pompeusement appelée "Chez Kaser", page qui me renvoie un écho déformé des achats déjà réalisés, avec des propositions en phase avec mes goûts supposés. Quand celui - ou celle - qui commande un livre de Jean Lévi se voit proposer, quasi magiquement, le Contre François Jullien de Jean-François Billeter (Allia, 2006), ce sont plus de 90 % des suggestions qui tombent à plat.

Mais le génie d'Amazon ne s'arrête pas là puisqu'une commande [voir illustration] permet de réaliser le rêve de la critique littéraire du siècle passé, savoir "supprimer l'auteur". N'en font-ils pas un peu trop ?

Bon trêve de plaisanterie. Il est certes rageant de vivre loin des bonnes librairies, mais encore plus de se trouver à 773,4 km du Collège de FranceAntoine Compagnon donnait hier sa leçon inaugurale. Le provincial n'a plus qu'à se satisfaire des rares échos de l'événement (ici et ) et à attendre patiemment qu'Amazon mette à sa disposition la publication de la dite leçon et les prochaines publications de celui qui occupe dorénavant la chaire de Littérature moderne et contemporaine : Histoire, critique, théorie de la prestigieuse institution qui est encore à mille lieux de podcaster ses cours !