Du 4 au 5 août, nouvelle pause viennoise alors que le sommet est déjà en vue (= plus qu'un chapitre à boucler !) avec, bis repetita, Arthur Schnitzler. Cette fois c'est sa "Fräulein Else" (1924) qui est mise à contribution. Toujours la même jubilation à lire cet auteur avec un œil rivé sur une version originale tellement supérieure à la traduction de Henri Christophe (Le Livre de Poche, "Biblio", 1993), livrée qui plus est sans une seule note et aucune indication du type "en français dans le texte" comme cela aurait pu être fait page 45 pour le passage suivant :- »Sie müßten keine Frau sein, Else, wenn Sie es nicht gemerkt hätten. Je vous désire.« - Er hätte es auch deutsch sagen können, der Herr Vicomte. qui devient : - " Vous ne seriez pas femme, Else, si vous ne vous en étiez pas aperçue. Je vous désire." Il aurait pu le dire en allemand, ça, ce bon vicomte. Pour les amateurs de belle diction allemande, la fin d'une lecture publique de la nouvelle - en tout 30 mn -, est accessible sur le site du Court Theatre de Chicago. Cela commence par "Qui joue si bien ? Chopin ? Non, Schumann." (p. 76 de la traduction). Plus loin, on apprend qu'il s'agit du Carnaval de Schumann dont trois extraits de la partition sont dûment reproduits. C'est Edith Clever (Cf photo ci-contre) qui interprète le texte de Schnitzler dans une mise en scène de Hans Jürgen Syberberg. Voici, juste pour mémoire, voici la dernière page dans la version allemande : »Else!« . . . Was ist denn das? Ein ganzer Chor? Und Orgel auch? Ich singe mit. Was ist es denn für ein Lied? Alle singen mit. Die Wälder auch und die Berge und die Sterne. Nie habe ich etwas so Schönes gehört. Noch nie habe ich eine so helle Nacht gesehen. Gib mir die Hand, Papa. Wir fliegen zusammen. So schön ist die Welt, wenn man fliegen kann. Küss' mir doch nicht die Hand. Ich bin ja dein Kind, Papa. »Else! Else!« Sie rufen von so weit! Was wollt Ihr denn? Nicht wecken. Ich schlafe ja so gut. Morgen früh. Ich träume und fliege. Ich fliege . . . fliege . . . fliege . . . schlafe und träume . . . und fliege . . . nicht wecken . . . morgen früh . . . »El . . .« Ich fliege . . . ich träume . . . ich schlafe . . . ich träu . . . träu – ich flie . . . . . . Ces derniers échos de la voix de la belle Else m'ont rappelé un beau lied d'Alban Berg ("Dem Schmerz sein Recht" ("A la douleur son droit") qui est le premier des Vier Lieder de son opus 2 pour piano et soprano, créé en 1910, mais datant de 1908 et 1909) composé sur un poème de Friedrich Hebbel (1813-1863) : Schlafen, schlafen, Nichts als schlafen ! / Kein Erwachen, keinen Traum ! / Jener Wehen, die mich trafen, / Leisestes Erinnern kaum. / Daß ich, wenn des Lebens Fülle / Nieder klingt in meine Ruh', / Nur noch tiefer mich verhülle, / Fester zu die Augen tu ! |
samedi 13 août 2005
Schlafen, Schlafen
jeudi 28 juillet 2005
Fridolin klappte das Buch zu
Grosses chaleurs + surcharge de travail = le cocktail idéal pour vous pourrir un été. Quand la pression est trop grande rien de tel qu'une petite pause. Certes plage et sorties contribuent à entretenir chez l'intello en surchauffe un meilleur équilibre mental, mais il n'en reste pas moins que la lecture est pour lui un moyen encore plus efficace de purger un cerveau saturé, de l'aérer, ou de lui fournir un peu de carburant frais.
L'année dernière, confronté aux mêmes conditions (aggravées par la solitude, mais plus libre de casser les routines), j'avais ressorti Les Souffrances du jeune Werther (1774). Pour la énième fois depuis trente ans (!), j'avais relu des tronçons de ce joyau du jeune Goethe (25 ans).
Le parcourant aujourd'hui, je suis toujours ravi d'y trouver matière à émerveillement, comme ce passage de la lettre du 22 mai qui commence par "La vie humaine est un songe : d'autre l'ont dit avant moi, mais cette idée me suit partout." : "Que les enfants ne connaissent pas les causes de leurs désirs, c'est ce que les pédagogues ne cessent de répéter ; mais que les hommes faits soient de grands enfants qui se traînent en chancelant sur ce globe, sans savoir non plus d'où ils viennent et où ils vont ; qu'ils n'aient point de but plus certain dans leurs actions, et qu'on les gouverne de même avec du biscuit, des gâteaux et des coups de bâton, c'est ce que personne ne voudra croire ; et, à mon avis, il n'est point de vérité plus palpable." Bon, mais passons.
Cette année, c'est un Viennois (plutôt deux car Alban Berg (1885-1935) est de la partie avec sa Lyrische Suite composée en 1925 et 1926 que j'écoute désormais dans sa version avec soprano), un Viennois, donc, qui a ponctué la rédaction de mes deux derniers chapitres d'un cours sur la littérature chinoise ancienne à envoyer le 1er septembre au plus tard à l'IAEU (Instituto de Altos Estudios Universitarios, Barcelone),
Une note indique que le Prince Amgiad est le "Héros d'un des Contes des Mille et Une Nuits : "Histoire des princes Amgiad et Assad".
Etape suivante, relire Les Mille et Une Nuits (Alf layla wa-layla) dans la nouvelle traduction de "La Bibliothèque de La Pléiade" : le premier des trois volumes est déjà sorti, mais il faudra plus d'une pause pour avaler ses 1250 pages.
L'année dernière, confronté aux mêmes conditions (aggravées par la solitude, mais plus libre de casser les routines), j'avais ressorti Les Souffrances du jeune Werther (1774). Pour la énième fois depuis trente ans (!), j'avais relu des tronçons de ce joyau du jeune Goethe (25 ans).
Le parcourant aujourd'hui, je suis toujours ravi d'y trouver matière à émerveillement, comme ce passage de la lettre du 22 mai qui commence par "La vie humaine est un songe : d'autre l'ont dit avant moi, mais cette idée me suit partout." : "Que les enfants ne connaissent pas les causes de leurs désirs, c'est ce que les pédagogues ne cessent de répéter ; mais que les hommes faits soient de grands enfants qui se traînent en chancelant sur ce globe, sans savoir non plus d'où ils viennent et où ils vont ; qu'ils n'aient point de but plus certain dans leurs actions, et qu'on les gouverne de même avec du biscuit, des gâteaux et des coups de bâton, c'est ce que personne ne voudra croire ; et, à mon avis, il n'est point de vérité plus palpable." Bon, mais passons.
Cette année, c'est un Viennois (plutôt deux car Alban Berg (1885-1935) est de la partie avec sa Lyrische Suite composée en 1925 et 1926 que j'écoute désormais dans sa version avec soprano), un Viennois, donc, qui a ponctué la rédaction de mes deux derniers chapitres d'un cours sur la littérature chinoise ancienne à envoyer le 1er septembre au plus tard à l'IAEU (Instituto de Altos Estudios Universitarios, Barcelone),
Voici le début de la nouvelle dans la version originale d'abord, ...»Vierundzwanzig braune Sklaven ruderten die prächtige Galeere, die den Prinzen Amgiad zu dem Palast des Kalifen bringen sollte. Der Prinz aber, in seinen Purpurmantel gehüllt, lag allein auf dem Verdeck unter dem dunkelblauen, sternbesäten Nachthimmel, und sein Blick –« Bis hierher hatte die Kleine laut gelesen; jetzt, beinahe plötzlich, fielen ihr die Augen zu. Die Eltern sahen einander lächelnd an, Fridolin beugte sich zu ihr nieder, küßte sie auf das blonde Haar und klappte das Buch zu, das auf dem noch nicht abgeräumten Tische lag. Das Kind sah auf wie ertappt. »Neun Uhr«, sagte der Vater, »es ist Zeit schlafen zu gehen. ... puis dans la traduction nouvelle de Philippe Forget (Paris : Livre de Poche, "Biblio", n° 3358, p. 57). "Vingt-quatre esclaves à peau brune entraînaient la somptueuse galère qui devait conduire le Prince Amgiad au palais du Calife. Le Prince, lui, drapé dans son manteau de pourpre, était étendu seul sur le pont supérieur, sous le ciel bleu sombre parsemé d'étoiles, et son regard ..." Jusque-là, la petite avait lu à haute voix ; maintenant, presque d'un seul coup, ses yeux se fermèrent. Ses parents se regardèrent en souriant, Fridolin se pencha sur elle, l'embrassa sur ses cheveux blonds et referma d'un coup sec le livre posé sur la table qui n'avait pas encore été débarrassée. L'enfant leva les yeux, comme prise sur le fait. "Neuf heures", dit le père, "il est temps d'aller dormir." Rien à dire. Le verbe 'klappen' est de loin plus 'claquant' que 'refermer d'un coup sec'. |
Une note indique que le Prince Amgiad est le "Héros d'un des Contes des Mille et Une Nuits : "Histoire des princes Amgiad et Assad".
Etape suivante, relire Les Mille et Une Nuits (Alf layla wa-layla) dans la nouvelle traduction de "La Bibliothèque de La Pléiade" : le premier des trois volumes est déjà sorti, mais il faudra plus d'une pause pour avaler ses 1250 pages.
samedi 16 juillet 2005
Riccius & Co
On avait déjà, en 1621, de bonnes raisons de se méfier des Chinois, la preuve, ce court passage trouvé dans l'Anatomy of Melancholy (cf. "Lords of the World") :Riccius, the Jesuit, and some others, relate of the industry of the Chinese most populous countries, not a beggar or an idle person to be seen, and how by that means they prosper and flourish. We have the same means, able bodies, pliant wits, matter of all sorts, wool, flax, iron, tin, lead, wood, &c., many excellent subjects to work upon, only industry is wanting. We send our best commodities beyond the seas, which they make good use of to their necessities, set themselves a work about, and severally improve, sending the same to us back at dear rates, or else make toys and baubles of the tails of them, which they sell to us again, at as great a reckoning as the whole. Le Riccius dont parle Democritus Junior (alias Robert Burton) dans son adresse à son lecteur, n'est autre que Matteo Ricci, né en 1552 et mort à Pékin le 11 mai 1610, représenté ici en compagnie de l'Allemand Adam Schall von Bell (1592-1666) et du Flamand Ferdinand Verbiest (1656-1688). |
jeudi 7 juillet 2005
Suky Super Snobbs
Si (pour poursuivre la recherche) Poe avait utilisé le pinyin, qui n'existait pas à son époque, il aurait sûrement écrit Yu Jiao Li et non pas Ju-Kiao-Li.Yu Jiao Li est une 'romance' (caizi jiaren xiaoshuo) en 20 chapitres du début des Qing (1644-1911) qui s'achève par le mariage d'un jeune génie avec deux beautés, cousines et amies intimes. Sa traduction française a été réalisée par le premier titulaire de la chaire de langue et de littérature chinoise au Collège de France, Jean-Pierre Abel-Rémusat (1788-1832). Celui-ci la publia en 1826 sous le titre complet de Iu-Kiao-Li ou Les deux cousines. Roman chinois. (Paris : Moutardier). La page de garde (ci-contre) indique que la traduction est précédée d'une préface de 82 pages "où se trouve un parallèle des romans de la Chine et de ceux de l'Europe".
Comme le signale l'auteur des pages consacrées à Abel Rémusat sur le site (le) Fil d'Ariane, de l'Association de Recherches Historiques en Val de Seine, Val d'Ecole, Pays de Bière, Gâtinais Français :
"Dès sa parution en 1826, ce petit roman, précédé d'une longue préface, connut un succès immédiat en France et à l'étranger. Tout Paris en parle, on le lit dans les salons. Stendhal l'annonce à ses lecteurs anglais du New Monthly Magazine : "Je ne veux pas insister sur l'impression que m'ont fait quelques portraits de Ju-Kiao-Li quand j'ai entendu lire ce livre... Ce roman peint, à mon sens, un tableau aussi fidèle des moeurs de la Chine que Tom Jones des moeurs anglaises..." Les "Conversations" de Goethe l'évoquent à plusieurs reprises : "ces jours-ci, j'ai lu un roman chinois qui m'occupe encore, qui me parait excessivement curieux." (31.1.1827). Il est traduit en anglais dès 1827. Carlyle, Emerson s'y réfèrent, Thoreau le cite à plusieurs reprises dans son journal : Nourri de l'étude dix mille ouvrages divers / le pinceau à la main, on est pareil aux dieux. / Qu'on ne place pas l'humilité au rang des vertus / le génie ne cède jamais la palme qui lui appartient. Abel-Rémusat, qui ne semble pas avoir pratiqué une modestie excessive, aurait pu reprendre ces quatre vers à son compte !"
S'il n'est pas assuré que Goethe se réfère véritablement à ce roman (ce pourrait tout aussi bien être le Haoqiuzhuan, une romance plus tardive traduite par James Wilkinson (mort en 1736) sous le titre Hao Kiou Choaan or The Pleasing History, traduction qui sera complétée et éditée par Thomas Percy (1729-1811) en 1761 à Londres), il est, par contre, certain que la traduction de Rémusat produisit son effet sur le public occidental cultivé de l'époque.
L'année de sa sortie, on peut lire dans le Journal Asiatique une critique très positive : "Cet ouvrage fera mieux qu'aucun autre connaître avec exactitude, les moeurs, les habitudes, la tournure d'esprit, le caractère national et social du peuple chinois, dans son intérieur et dans les actes ordinaires de la vie» (Journal Asiatique, juillet 1826, pp. 63-64)
Le 19 décembre 1826, Julius Mohl (1800-1876) écrit à Rémusat son maître au Collège royal (le futur Collège de France) : "Je Vous remercie infiniment d'avoir bien voulu me dessiner un exemplaire des deux Cousines, mais quelque flatteur que me soit une marque de votre souvenir, je n'oserais pas la disputer à une dame. Au reste vos Cousines chinoises ne sont pas les seules qui excitent l'admiration de Londres ; j'en ai vu d'autres ici, qui certainement ont aussi leur mérite. Si elles n'ont pas la figure aussi jolie que Mlle Lo au moins elles ont les pieds aussi petits et les ongles des mains aussi longues que qui que ce soit; et si elles ne sont pas aussi savantes que Mlle Pe, aussi elles sont plus indulgentes, et n'exigent pas qu'on soit absolument un Litaïpe pour les avoir."
En 1828 (octobre), The North American review. (Volume 27, Issue 61, p 524-562) en donne un long compte-rendu sous le titre "Chinese Manners"
La traduction anglaise de cette version française parue en mai 1827, à Londres (Hunt and Clarke, Covent-Garden), sous le titre : Iu-Kiao-Li : or the Two Fair Cousins. A Chinese Novel from the French Version of M. Abel-Rémusat, in Two Volumes. (I xxxv, 259p; II 290p). Elle sera rééditée en 1830.
C'est sans doute cette édition qui est passée dans les mains d'Edgar Poe. Sa transcription du titre est plus proche de celle proposée par Rémusat, que celle qui chapeaute la première traduction partielle du roman paru en 1821, laquelle serait Yu-kiao-lee selon Wang Lina (1988) qui l'attribue à G. T. Staunton lequel aurait traduit 4 des 20 chapitres de l'original, pages 227 à 241, de Narrative of the Chinese Embassy to the Khan of the Tour-gouth (sic !) Tartars in the Years 1712, 13, 14, 15. (!).
G. T. Staunton doit être le fils de Sir Georges-Leonard Staunton (1737-1801), docteur en médecine qui accompagna Lord Georges Macartney (1737-1806) en Indes d'abord puis en Chine. "Le petit Georges Staunton, qui comme écrit Macartney, avait appris à parler et à écrire le chinois avec beaucoup d'aisance" devint par la suite le premier des sinologues britanniques.
Mais tout cela mérite d'être vérifié, bien entendu.
mercredi 6 juillet 2005
Suky Snoobs
Dans le succulent et très humoristique conte "How to Write a Blackwood Article" (1838), Edgar Allan Poe (1809-1849) s'amuse avec une ironie piquante à faire énumérer par le patron du Blackwood’s Magazine (1817-1980), M. William Blackwood (1776-1834) en personne, les ingrédients indispensables aux histoires qu'il publie. Son élève, la très attentive et studieuse Signora Psyché Zenobia qui nous rapporte son entrevue après moult palabres désopilantes dont une réfutation de son surnom de Suky Snobbs (Cuistre prétentieuse), mettra en pratique les préceptes de son mentor dans une seconde partie pas moins réussie que la première ("A Predicament" publiée à nouveau en 1840 sous le titre "The Scythe of Time").Voici un rapide résumé de l'"exacte méthode", "fort simple" pour composer "un article dans le goût du vrai Blackwood [Magazine]" selon le grand Edgar qui y fit plusieurs fois référence dans ses contes. D'abord, il faut une "plume jamais taillée" et "de l'encre bien noire", "un assaisonnement suffisant de choses carrément inintelligibles" et des "sensations". Mais, il faut aussi que l'auteur se mette "dans une situation anormale où personne ne s'est encore trouvé avant [lui]" ; le sujet arrêté, il lui faut encore "trouver le ton", et là, il a le choix entre plusieurs options, dont le "ton métaphysique", le "ton transcendantal" et le "ton hétérogène", lequel est "tout simplement un mélange judicieux, en égales proportions, de tous les autres tons, et par conséquent tout ce qu'il y a de profond, de grand, de bizarre, de piquant, d'à propos, de joli, entre dans sa composition". Enfin, "la partie la plus importante, l'âme de tout le procédé", c'est, déclare M. Balckwood, "le remplissage. On ne saurait supposer qu'une lady ou un gentilhomme a passé sa vie à dévorer les livres. Et cependant, il est nécessaire avant tout que votre article ait un air d'érudition, ou qu'il offre au moins des signes évidents d'une lecture étendue." Pour y parvenir à moindre frais, Blackwood propose un éventail d'expédients qu'il répartit en deux catégories : 1. "Faits piquants pour la confection des comparaisons" et 2. "Expressions piquantes à introduire selon l'occasion". |
Voici maintenant le début de cette deuxième "division" dans la traduction de F. Rabbe ("Comment s'écrit un article à la Blackwood", Derniers contes, Paris : A. Savine, 1887, (p. 101-144), p. 117) que j'utilise depuis le début d'après le fac-similé de la BNF, avant de m'apercevoir que le Project Gutenberg en propose une version texte."Le vénérable roman chinois Ju-Kiao-Li. En introduisant adroitement ces quelques mots, vous faites preuve d'une connaissance approfondie de la langue et de la littérature chinoise. Avec cela vous pouvez vous passer d'arabe, de sanscrit, ou de chickasaw. Mais aucun sujet ne saurait se passer d'espagnol, d'italien, d'allemand, de latin et de grec. ..." Or donc, en élève attentive et disciplinée, Zenobia écrivit son article en appliquant, presque à la lettre prés les préceptes édictés par son maître. C'est ainsi qu'on peut lire sous sa plume forcément mal taillée, le passage suivant : "... et moi je sanglotais bien fort. Circonstances touchantes ! qui ne peuvent manquer de rappeler au souvenir du lecteur lettré le passage exquis sur la convenance des choses, qui se trouve au commencement du troisième volume de cet admirable et vénérable roman chinois, le Jo-go-Slow. Dans ma promenade solitaire à travers la cité, ...." (p. 125-126) |
| C'est ainsi que "Ju-Kiao-Li" est devenu grâce à la magie créatrice de Miss Zenobia "Jo-go-Slow". Il y a sans doute, une intention humoristique derrière ce dérivé (I go slow ?), mais peu importe, car c'est le premier des deux titres qui m'intéresse. En effet, derrière cette transcription barbare se cache un roman chinois connu, mais ceci est une autre affaire (à suivre.) |
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Yu Jiao Li
lundi 27 juin 2005
Heatwave
Je ne sais pas si c'est l'effet de la vague de chaleur qui s'abat sur le monde en ce mois de juin, mais le site de la société qui produit le logiciel BlogWave Studio, fermé depuis le 31 mai, n'a pas réouvert ses portes virtuelles à la date indiquée. Inquiétant pour la survie de ce blog.Autre victime des grosses chaleurs, ce PiKaBlog justement qui n'a rien offert de neuf depuis pas moins de 10 jours ! Ce n'est pas un manque d'idées à noter, mais de disponibilité d'esprit. Une baisse du mercure dans les thermomètres devrait avoir un effet salutaire sur votre serviteur. Enfin, pour ne pas perdre la main, voici un extrait du dernier "Rebus de presse" du Nouvel Observateur (23 juin 2005), car il y est question des vacances et ... de François Jullien. Je cite : Lequel [de Beigbeder ou de Villepin] devrait lire François Jullien. Cette phrase (Télérama) semble lui être tout particulièrement destinée : " J’ai fait du chinois pour mieux lire le grec, et j’ai trouvé en Chine moins des solutions à nos problèmes que la dissolution de nos questions. " |
| François Jullien, le sinologue, parle des vacances : " En Europe, nous avons politiquement conquis le droit aux vacances, mais en avons-nous jamais conçu la notion ? " Il ajoute : " Partir en vacances, c’est cela : laisser à nouveau jouer, par-delà le clivage entre corps et esprit, une vitalité débarrassée de toute excitation fébrile. L’expérience est commune – je la partage avec les Chinois – mais voyez comme la pensée européenne reste un peu gourde pour s’en saisir. Descartes ou Kant ont bien approché l’idée, le premier lorsqu’il recommande de savoir " ne s’occuper qu’à imiter ceux qui, en regardant la verdeur d’un bois, les couleurs d’une fleur, le vol d’un oiseau, et telles choses qui ne requièrent aucune attention, se persuadent qu’ils ne pensent à rien. " " Ce qui ", martèle-t-il, " n’est pas perdre son temps. " Mais sur ce " penser à rien " vient mourir sa pensée. " Voilà. Prenons les T-shirts. Pas de vacances pour les Chinois de ce côté-là. L’admirable, avec la Chine, c’est qu’ils pensent bien les vacances, mais qu’ils ne les vivent pas. |
| Dernière minute (02072005) Merci à Christiane R. pour l'article de Télérama que je viens de recevoir. Je découvre également qu'il a été mis en ligne, ce qui permet de se passer des pages 43 à 45 du n° 2893 (15 juin 2005). En fait, il vaut mieux avoir la version papier qu'on peut lire partout et surtout relire car le Directeur de IPF (sic !) (Institut de la pensée contemporaine) est bien difficile à suivre. De plus, on peut la transformer en éventail à n'importe quel moment. Merci, FJ. |
vendredi 17 juin 2005
En attendant Leys
Il y a, me semble-t-il, au moins deux bonnes raisons de se réjouir et une de s'étonner en découvrant cette dépêche de l'AFP que je vous livre illico presto et in extenso :
Le Prix mondial de la Fondation Simone et Cino del Duca, doté de 250.000 €, a été remis mercredi à l'écrivain sinologue Simon Leys, pour l'ensemble de son oeuvre, lors d'une cérémonie solennelle sous la Coupole de l'Institut de France.
Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuel de l'Académie française, a souligné dans son discours que le lauréat répondait "aux deux exigences du jury : que l'écrivain et l'oeuvre choisis soient porteurs d'un véritable message humaniste, que leurs très hautes qualités intellectuelles leur confèrent une réputation internationale incontestée".
Né le 28 septembre 1935 à Bruxelles, Simon Leys, de son vrai nom Pierre Ryckmans, se rend en Chine à l'âge de 20 ans, alors qu'il étudie l'histoire de l'Art à Louvain. Ce voyage sera déterminant dans sa vocation de sinologue.
Poursuivant ses études à Taïwan, Singapour et Hong Kong, il acquiert une maîtrise parfaite du chinois et de la culture chinoise.
Ses premiers travaux, rappelle l'académicienne, portent sur les aspects classiques de la Chine (Propos sur la peinture du moine citrouille), mais il publie en 1971 un ouvrage iconoclaste et pourtant très savant, Les habits neufs du Président Mao.
"Il y dénonce avec un grand courage, car le livre paraît en pleine période de "maolâtrie" occidentale, la réalité de la révolution culturelle et plus largement du régime communiste chinois".
Simon Leys complète cette réflexion par Ombres chinoises et Images brisées. Cette trilogie, traduite dans de très nombreuses langues, "représente le plus important effort de réflexion vraie sur la Chine contemporaine", selon Mme Carrère d'Encausse".
Savant sinologue, penseur, essayiste, il s'est aussi intéressé aux défauts et ridicules de Malraux, à Protée, dieu marin des Grecs, à Don Quichotte, à Victor Hugo et achève actuellement une oeuvre savante sur Confucius.
Or donc, disais-je, deux raisons de se réjouir. Les voici :
1. Simon Leys a reçu un prix fort bien doté. Tant mieux pour lui.
Le Prix mondial de la Fondation Simone et Cino del Duca, doté de 250.000 €, a été remis mercredi à l'écrivain sinologue Simon Leys, pour l'ensemble de son oeuvre, lors d'une cérémonie solennelle sous la Coupole de l'Institut de France.
Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuel de l'Académie française, a souligné dans son discours que le lauréat répondait "aux deux exigences du jury : que l'écrivain et l'oeuvre choisis soient porteurs d'un véritable message humaniste, que leurs très hautes qualités intellectuelles leur confèrent une réputation internationale incontestée".
Né le 28 septembre 1935 à Bruxelles, Simon Leys, de son vrai nom Pierre Ryckmans, se rend en Chine à l'âge de 20 ans, alors qu'il étudie l'histoire de l'Art à Louvain. Ce voyage sera déterminant dans sa vocation de sinologue.
Poursuivant ses études à Taïwan, Singapour et Hong Kong, il acquiert une maîtrise parfaite du chinois et de la culture chinoise.
Ses premiers travaux, rappelle l'académicienne, portent sur les aspects classiques de la Chine (Propos sur la peinture du moine citrouille), mais il publie en 1971 un ouvrage iconoclaste et pourtant très savant, Les habits neufs du Président Mao.
"Il y dénonce avec un grand courage, car le livre paraît en pleine période de "maolâtrie" occidentale, la réalité de la révolution culturelle et plus largement du régime communiste chinois".
Simon Leys complète cette réflexion par Ombres chinoises et Images brisées. Cette trilogie, traduite dans de très nombreuses langues, "représente le plus important effort de réflexion vraie sur la Chine contemporaine", selon Mme Carrère d'Encausse".
Savant sinologue, penseur, essayiste, il s'est aussi intéressé aux défauts et ridicules de Malraux, à Protée, dieu marin des Grecs, à Don Quichotte, à Victor Hugo et achève actuellement une oeuvre savante sur Confucius.
Or donc, disais-je, deux raisons de se réjouir. Les voici :
1. Simon Leys a reçu un prix fort bien doté. Tant mieux pour lui.
2. Simon Leys achèverait actuellement une oeuvre savante sur Confucius. Et là, c'est tant mieux pour nous !Ailleurs, en conclusion d'une bio-bliographie de Simon Leys, on peut également lire qu'il "est en train d'achever un Confucius en anglais qui sera un développement de la traduction déjà publiée en français (Les Entretiens de Confucius, 1987, 1992). Selon l'auteur, cet ouvrage serait appelé à constituer un véritable manifeste d'humanisme pour notre temps." Je souhaite seulement qu'il n'y ait pas confusion entre l'annonce d'un travail à paraître et la traduction anglaise des Entretiens en français, quant à elle déjà publiée (The Analects of Confucius, W. W. Norton & Company, 1997, 256 p.). Qui vivra verra. La raison de s'étonner, triviale et suspecte, est la suivante. Celui qui a si bien rendu la pensée de Confucius est né un 28 septembre, date retenue, ici ou là, pour être celle du jour de naissance du Saint Homme ! (cf. "Confucius BB") Confusing, point n'est-il ? |
lundi 6 juin 2005
Babel label
En relevant dans sa République des livres, note "Un label pour les traductions", les propos que Pierre Lagrange avait livrés dans son "Journal" publié dans le Libération du 4 juin 2005, Pierre Assouline a déclenché un débat sur la traduction. Personne ne peut dire combien de temps il va durer, ni si les réflexions qu'il va susciter seront à la hauteur du sujet.
Voici pour mémoire les propos incriminés :
Label: «traduction fidèle»
Avec son projet de scan de 15 millions d'ouvrages, Google menacerait la culture française. Il me semble que les éditeurs français ont trouvé depuis longtemps une parade dont personne ne parle. Ainsi, la plupart d'entre eux ont pour règle, lorsqu'ils traduisent un ouvrage en français, de le réduire de 10 % au moins (et parfois jusqu'à la moitié). Au départ, je pensais que c'était une pratique marginale en vigueur chez les éditeurs de soupe qui publient les livres populaires sur les soucoupes et l'Atlantide. Pas du tout : la pratique est aussi répandue dans des maisons qui ont pignon sur rue. Ainsi, une bonne partie de notre fonds littéraire étranger est à retraduire. Complot visant à déprécier la littérature étrangère ? Mépris du lecteur ? Des auteurs ? Je propose la création d'un label qui sera apposé par l'éditeur sur le livre pour garantir que la traduction est fidèle. Et s'il est pris à faire des coupes sombres malgré le label, eh bien il rembourse les acheteurs. Et s'il ne met pas le label, eh bien méfiance.
Un excellent exemple de re-traduction réussie est celle que Guy Jouvet vient de donner de The Life and Opinions of Tristram Shandy, Gent. (1759-67) de STERNE, Laurence (1713-1768) : La vie et les opinions de Tristram Shandy, gentilhomme. (Auch : Editions Tristram, 2004. 939 pages.) Un régal offert après quinze ans de travail !
A la question : "Quelles sont les difficultés de la traduction de Tristram Shandy ?, posée par Isabelle Rüf ("Tristram Shandy. Un chef-d'œuvre des Lumières rajeuni par une traduction hardie", Le Temps.ch, Samedi 28 février 2004), Guy Jouvet avait répondu :
"Etre à la hauteur de l'œuvre ! Victor Hugo disait, à propos des traductions de Shakespeare : « Il est bon de s'augmenter d'un poète, pas moins d'y ajouter un philosophe.» La moindre des choses est que la traduction restitue la qualité de l'original. Sterne invente des langages, joue avec les rythmes, les temps, les allitérations. Il fallait tenter de les rendre. Ainsi, j'ai traduit les noms propres parce qu'ils ont un sens précis. On m'a reproché les archaïsmes et les néologismes. Voyez Victor Hugo encore : «Les grands écrivains font l'enrichissement des langues, les traducteurs en ralentissent l'appauvrissement ! » La langue de Sterne elle-même explore tous les registres. Les mots ont souvent deux ou trois sens – savant, scatologique, obscène... Le plus difficile était de rendre les temps des verbes : le passé dans le futur, par exemple. Ce sont des astuces qui révèlent la liberté contrôlée avec laquelle il joue avec le temps et l'espace. Et quand il fait des citations en français, il écrit en «franco-shandéen» : j'ai donc respecté ces fautes qui sont volontaires."
Et quand on lui demande "Vous avez rédigé énormément de notes. Sont-elles indispensables à la lecture de Sterne?", il répond :
"Comme avec Shakespeare ou Molière, une première lecture est possible. La distance comique est immédiatement perceptible, grâce au rythme, à la poésie. Mais Sterne demande aussi du travail au lecteur. Le commentaire ajoute au plaisir. Sterne travaille avec toute une bibliothèque derrière lui et il ne cite pas toujours ses références, les auteurs qu'il pastiche ou qu'il cite. On peut faire beaucoup de lectures d'un texte aussi riche. Cette énergie vitale traverse les siècles."
Voici pour mémoire les propos incriminés :
Label: «traduction fidèle»
Avec son projet de scan de 15 millions d'ouvrages, Google menacerait la culture française. Il me semble que les éditeurs français ont trouvé depuis longtemps une parade dont personne ne parle. Ainsi, la plupart d'entre eux ont pour règle, lorsqu'ils traduisent un ouvrage en français, de le réduire de 10 % au moins (et parfois jusqu'à la moitié). Au départ, je pensais que c'était une pratique marginale en vigueur chez les éditeurs de soupe qui publient les livres populaires sur les soucoupes et l'Atlantide. Pas du tout : la pratique est aussi répandue dans des maisons qui ont pignon sur rue. Ainsi, une bonne partie de notre fonds littéraire étranger est à retraduire. Complot visant à déprécier la littérature étrangère ? Mépris du lecteur ? Des auteurs ? Je propose la création d'un label qui sera apposé par l'éditeur sur le livre pour garantir que la traduction est fidèle. Et s'il est pris à faire des coupes sombres malgré le label, eh bien il rembourse les acheteurs. Et s'il ne met pas le label, eh bien méfiance.
| C'est sans doute le moment de ressortir deux phrases prononcées par Jacques Dars lors d'un entretien qu'il avait donné au journal Le Monde (12 mars 1999) : "La traduction, travail long et ingrat, artisanal et artistique, est curieusement un domaine sans règle ni point de repère, où apparemment tous les coups sont permis... Il y a trop souvent association de malfaiteurs entre traducteurs médiocres et éditeurs complaisants." |
| Pour poursuivre, voici une remarque de Paul Ricoeur (1913-2005) trouvée dans son Sur la traduction (Paris : Bayard, 2004) : La seule façon de critiquer une traduction - ce qu'on peut toujours faire -, c'est d'en proposer une autre présumée, prétendue meilleure ou différente. Et c'est d'ailleurs ce qui se passe sur le terrain des traducteurs professionnels. En ce qui concerne les grands textes de notre culture, nous vivons pour l'essentiel sur des re-traductions à leur tour sans fin remise sur le métier. (p. 40) |
Un excellent exemple de re-traduction réussie est celle que Guy Jouvet vient de donner de The Life and Opinions of Tristram Shandy, Gent. (1759-67) de STERNE, Laurence (1713-1768) : La vie et les opinions de Tristram Shandy, gentilhomme. (Auch : Editions Tristram, 2004. 939 pages.) Un régal offert après quinze ans de travail !A la question : "Quelles sont les difficultés de la traduction de Tristram Shandy ?, posée par Isabelle Rüf ("Tristram Shandy. Un chef-d'œuvre des Lumières rajeuni par une traduction hardie", Le Temps.ch, Samedi 28 février 2004), Guy Jouvet avait répondu :
"Etre à la hauteur de l'œuvre ! Victor Hugo disait, à propos des traductions de Shakespeare : « Il est bon de s'augmenter d'un poète, pas moins d'y ajouter un philosophe.» La moindre des choses est que la traduction restitue la qualité de l'original. Sterne invente des langages, joue avec les rythmes, les temps, les allitérations. Il fallait tenter de les rendre. Ainsi, j'ai traduit les noms propres parce qu'ils ont un sens précis. On m'a reproché les archaïsmes et les néologismes. Voyez Victor Hugo encore : «Les grands écrivains font l'enrichissement des langues, les traducteurs en ralentissent l'appauvrissement ! » La langue de Sterne elle-même explore tous les registres. Les mots ont souvent deux ou trois sens – savant, scatologique, obscène... Le plus difficile était de rendre les temps des verbes : le passé dans le futur, par exemple. Ce sont des astuces qui révèlent la liberté contrôlée avec laquelle il joue avec le temps et l'espace. Et quand il fait des citations en français, il écrit en «franco-shandéen» : j'ai donc respecté ces fautes qui sont volontaires."
Et quand on lui demande "Vous avez rédigé énormément de notes. Sont-elles indispensables à la lecture de Sterne?", il répond :
"Comme avec Shakespeare ou Molière, une première lecture est possible. La distance comique est immédiatement perceptible, grâce au rythme, à la poésie. Mais Sterne demande aussi du travail au lecteur. Le commentaire ajoute au plaisir. Sterne travaille avec toute une bibliothèque derrière lui et il ne cite pas toujours ses références, les auteurs qu'il pastiche ou qu'il cite. On peut faire beaucoup de lectures d'un texte aussi riche. Cette énergie vitale traverse les siècles."
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