vendredi 12 juin 2009

Yuan Mei dans Le Visage Vert 16

Pages 63 à 86.
Un beau numéro que je viens de recevoir et
que je vais m'empresser de découvrir en commençant par ... j'hésite....
.... par « L'écorché vivant » de Jules Lermina, avant d'attaquer le dossier Sorcellerie et littérature allemande (pp. 103-191), pour finir par tout le reste : un bon week-end en perspective. Merci à toute l'équipe du Visage Vert, pour ce superbe cadeau.

mercredi 27 mai 2009

Les habits neufs du Visage vert


Le numéro 16 du Visage Vert. La couverture en attendant plus....

mercredi 25 mars 2009

mercredi 18 février 2009

En travaux


Version complète du cliché découpé ailleurs.

jeudi 29 janvier 2009

Un nouveau paysage de l'âme humaine


La toute récente réédition des Six récits au fil inconstant des jours (J.-C. Lattès), la traduction historique du Fusheng liuji 浮生六記 de Shen Fu 沈復 (1763-1825 ?) par Pierre Ryckmans, parue sous le nom de Simon Leys et la précédente dans la collection « 10/18 » chez Christian Bourgois (1982) n'ont repris la préface qu'avait donnée à la première édition en 1966, chez F. Larcier à Bruxelles, Yves Hervouet (1921-1999), alors Professeur à la Faculté des Lettres et Sciences humaines de Bordeaux. Je l'ai déjà signalé ailleurs. Ici, je veux juste reproduire ce court texte que peu de monde est en mesure de lire :
Nul mieux que M. Pierre Ryckmans n'était capable de présenter au public de langue française cette œuvre attachante de la vieille Chine. Il a pour ce faire l'avantage d'avoir vécu plusieurs années en Extrême-Orient dans un milieu très chinois, près de lettrés qualifiés pour lui expliquer non seulement les finesses de la langue mais aussi les particularités de la civilisation chinoise ancienne. Il avai aussi l'enthousiasme de la jeunesse que l'on sent dans la ferveur de sa langue, d'une langue qu'il manie d'ailleurs fort bien. Cette œuvre destinée au grand public n'en est pas moins l'œuvre d'un sinologue de métier et cela laisse bien augurer de la jeune école sinologique de Belgique. Plusieurs jeunes chercheurs, avec M. Ryckmans, sauront lui faire honneur.

Pourquoi avoir choisi ce texte au milieu de centaines d'œuvres de la littérature chinoise qui ne sont pas encore traduites en français ? L'introduction nous dit quel en est l'intérêt. Je voudrais ajouter qulques réflexions personnelles. Qu'avons-nous donc ici ? Ce n'est pas un jounal, une chronique des événements de la vie de Shen Fu (né en 1763, mort après 1810) : il y a trop de considération de toutes sortes, de digressions, de désordre dans la narration pour que les Six récits méritent le nom de journal. Ce ne sont pas non plus des mémoires intérieurs : Shen Fu est trop désireux de nous raconter des anecdotes diverses, de nous montrer surtout des paysages ou des jardins, de nous donner des recettes pour faire pousser un arbre nain ou pour réaliser un bel arrangement de fleurs – qui présentera encore cela comme des arts propres au Japon ? – ou même pour parfumer du thé en le déposant dans une corolle de lotus avant qu'elle ne se ferme pour la nuit. Ce sont des épanchements sur tout ce qui se présente dans la vie de Shen Fu et c'est ce caractère de confidences qui fait tout le charme de ce texte.

On y trouve une très belle histoire d'amour, d'un véritable amour-passion – qui parlera encore de l'impassibilité des Chinois ? – mais la passion n'en laisse pas moins place à de curieuses amitiés féminines chez la jeune femme et à de touchantes « aventures » chez notre auteur. On trouve aussi dans ces pages de nombreux détails sur la civilisation chinoise traditionnelle, les fêtes, les superstitions, les mœurs du temps et les usages de chaque région, les délicates jouissances d'un lettré. Et cet aspect du récit est, de mon point de vue de sinologue, prodigieusement intéressant. Il me semble qu'il devrait l'être aussi pour tout homme qui se soucie de culture.

Il me reste donc à souhaiter beaucoup de succès à cet ouvrage qui, à travers même l'étrangeté de certaines pages, ouvre un nouveau paysage de l'âme humaine.
En illustration, le haut de la pile des ouvrages sortis pour composer le billet publié aujourd'hui-même sur le site de Leo2T.

samedi 15 novembre 2008

Prenez ce sceau que je ne saurais perdre

Cachet portant le sceau de l’empereur Kangxi (1662-1772)

Comme dit le dicton : « Au printemps, on range son intérieur, l'automne venu, son ordinateur » ; c'est ainsi que dans le nombre assez impressionnant des fichiers qui sommeillaient dans un dossier « PDF à ranger », je suis tombé sur un document de 12,7 Mo téléchargé depuis Gallica en mars 2007 -- un des nombreux trésors que propose gracieusement, sur son site, la BNF. C'est sans doute son titre et son sous-titre qui avaient à l'époque retenu mon attention :

Nouveau voyage autour du monde,
par Le Gentil,
enrichi de plusieurs plans, vûës et perspectives des principales villes et ports du Pérou, Chily, Brésil et de la Chine, avec une description de l'Empire de la Chine beaucoup plus ample & plus circonstanciée que celles qui ont paru jusqu'à présent, où il est traité des Mœurs, Religion, Politique, éducation & commerce des Peuples de cet Empire.


L'ouvrage que l'on doit à un certain De La Barbinais Le Gentil a été publié à Amsterdam, chez Pierre Mortier, en 1728. Sa cote est NUMM-74613. Sa lecture réserve de bonnes surprises, surtout à partir de la page 157, car le voyageur qui s'est engagé vis-à-vis de son correspondant, Le Comte de Morville, Ministre et secrétaire d'Etat, à écrire « le détail de tout ce qui [lui] arriverait dans le cours de [ses] voyages », arrive en Chine, celle des Qing 清 (1644-1911) sous le règne de l'empereur Kangxi 康熙 (r. 1662-1722) et plus précisément en l'an 1716. Il se retrouve contraint de se rendre à « Emoüy [Amoy, Xiamen 廈門] dans la Province du Fokien [Fujian] », port qui passe, à tort selon lui, pour être « plus propre au commerce que celui de Canton » (page 154).

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer, pour commencer cette lecture dont je vous ferai profiter ici selon mon humeur, une petite anecdote piquante, illustrant à merveille la délicate ingéniosité chinoise :
Tous les Mandarins ont un sceau annexé à la Charge qu'ils exercent ; s'ils le perdent ils courent risque de perdre leur emploi d'être punis peut-être encore plus sévèrement. Le R. P. Laureaty me raconta à ce sujet un événement assez particulier dont il avait été témoin. Un Mandarin de guerre ayant eu plusieurs démêlés avec un Mandarin de justice, lui fit dérober son sceau. Celui-ci qui n'ignorait pas les conséquences de cette perte, & qui soupçonna aussitôt l'auteur de ce vol, usa de ce stratagème. Il mit le feu à son Palais, & l'incendie ayant attiré tous les Mandarins, qui dans ces occasions sont obligés d'accourir & de donner leurs ordres pour prévenir le progrès de l'embrasement, son ennemi y vint aussi par politique & par devoir. Alors le Mandarin contrefaisant l'homme éperdu, sortit de sa maison tenant en main une boite semblable à celle qui renfermait auparavant le sceau : prenez, dit-il au Mandarin de guerre, le sceau que j'ai reçu de l'Empereur, gardez-le tandis que j'irai prévenir les suites de cet embrasement. Tous les assistants furent témoins de ces paroles, en sorte que le feu étant éteint, le Mandarin de guerre fut obligé de restituer à l'autre le sceau qu'il lui avait volé. personne ne l'aurait cru, s'il avait osé dire que la boite était vide lorsqu'il l'avait reçue.
(Extrait de la « Lettre huitième : A Emouy le 24 Octobre 1716 », pp. 298-299)

En lisant ce passage, on ne peut pas, surtout si on vient, comme moi, de le dévorer, ne pas penser au chapitre XIII des Créatures du docteur Fu Manchu (Sax Rohmer, trad. Anne-Sylvie Homassel, Zulma, 2008, pp. 125-136) dans lequel le terrible Chinois est en prise à une redoutable colère car il a perdu l'insigne de la distinction qu'il vient de recevoir : un paon sacré. Par bonheur, « le goût infantile des Chinois pour les breloques » va permettre au bon Dr Petrie et à l'agent Nayland Smith de sauver, in extremis, leur vie.

Avant de refermer pour qui sait combien de temps ce récit épistolaire à vocation encyclopédique, en voici un dernier aperçu (pp. 192-193), toujours dans une transcription qui conserve presque toujours l’orthographe et la présentation d’origine :
Le 2 d'Août j'allai chez un riche Chinois, qui m'invitait depuis longtemps à l'aller voir : pour m'engager à faire de lui un jugement avantageux, il me montra une attestation d'un Ministre Anglais, écrite en Langue Latine, dans laquelle il était dit, que si quelque malheureux Européen était forcé par la destinée de venir dans le Port d'Emouy, il l'avertissait que le Chinois nommé Hia-cua, était le plus grand fripon d'une ville dont tous les habitants étaient voleurs, de mauvaise foi, &c.
Le cas de dire : « Par pari refertur ».