vendredi 24 mars 2006

Mea culpa

Pour inaugurer cette nouvelle rubrique, je vais m’attacher - plutôt qu’à énoncer une profession de foi et des objectifs datés -, à dénoncer une petite erreur, une infime bévue qui s’est glissée dans un texte consacré justement à Li Yu 李漁.

Le mal n’est pas bien grand et, qui plus est, limité à la version française d’un des sous-chapitres du chapitre 15 de l’encyclopédie en ligne China ABC [Zhongguo baike 中国百科] sous site du sous site français du mega site web de la C[hina] R[adio] I[nternational] Online [Zhongguo Guoji Guangbo Diantai 中国国际广播电台].

Or donc, on trouve sur cette page, agrémentée du cliché représentant la statut de Li Yu qui trône au Jieziyuan 芥子園 - sorte de Musée dédié à Li Yu construit à Lanxi 蘭溪 (près de Jinhua 金華 au Zhejiang 浙江) -, une courte biographie intitulée “Li Yu, auteur dramatique chinois du 17e siècle”.

Celle-ci reprend les faits les plus connus et les plus souvent imaginés concernant Li Yu. Il insiste sur l’originalité du parcours de cet auteur dramatique qui en plus d’avoir composé “une grande quantité de pièces de théâtre, a également formé une troupe pour les interpréter”. Il rappelle qu’il fut “metteur en scène”, et qu’il “s’est également fait remarquer comme écrivain.”

On peut ainsi citer « A mari jaloux, femme fidèle », « le Pavillon des jades » ou son roman le plus célèbre « De la chair à l’extase ». En puisant son inspiration dans ses propres expériences et connaissances, Li Yu a exploité un certain espace de création que seul un caractère individualiste prononcé pouvait développer. Dans ses romans, l’utilisation le plus souvent de la critique inversée était en fait un moyen de s’opposer à certaines idées traditionnelles.

Ce n’est pas le concept de “critique inversée” qui m’a le plus fait sourire, mais le choix des titres retenus pour évoquer l’œuvre romanesque de Li Yu. Passe encore qu’on y retrouve les titres des traductions parues chez Picquier, savoir A mari jaloux, femme fidèle pour rappeler les Wushengxi 無聲戲 et De la chair à l’extase pour Rouputuan 肉蒲團, mais là où cela déraille, c’est lorsque le rédacteur en vient à évoquer Shi’er lou 十二樓 qui ne peut naturellement pas donner Le Pavillon des jades !

Un coup d’œil sur certaines des quarante autres versions [savoir l’anglaise, la japonaise, la mongole, l’arabe, la coréenne, la vietnamienne, la tchèque, l’italienne, la polonaise et l’allemande, sans oublier la version en espéranto et une autre dont je vous laisse deviner l’origine] montre que l’on a, à chaque fois, affaire à une variation plus ou moins libre réalisée à partir d’un même texte en chinois qui n’est pas celui proposé en caractères simplifiés, ni même celui en caractères non simplifiés.

Qu’elle que soit sa source, chaque traducteur s’est trouvé confronté à des titres qu’il a choisi de traiter à sa manière : contourner la difficulté en sautant le passage, retenir la facilité en les transcrivant en pinyin, sans remettre au chinois en les utilisant tel quel comme dans le cas du japonais ou encore, effort notable, en faisant œuvre créatrice en les traduisant, ou, ... simplement, en en donnant l’illusion.

Gageons que notre traducteur francophone - lequel ne se débrouille pas si mal que cela -, a dû hésiter un moment avant de se résoudre à emprunter des titres déjà utilisés à un catalogue d’éditeur ou un site web.

C’est ainsi que pour Shi’er lou, à la place de Douze pavillons [traduction pas forcément idéale, mais pratique et parlante], nous n’en avons plus qu’un seul en jade !

Ceci dit en passant, Le Pavillon des jades, traduction de Bi Yu Lou 碧玉樓 ne figure pas au catalogue Picquier en ligne nouvellement ouvert et accessible > ici < , pas plus que dans le dernier catalogue papier de l’éditeur ! Son avenir est sans aucun doute compromis. Ce n’est, fort heureusement, pas le cas des Carnets secrets qu’évoque notre traducteur inconnu sous le titre piquant suivant : « Lettres des humeurs ».

vendredi 3 mars 2006

Déprimant ?

Quelque peu confus d’avoir à présenter un ouvrage à la moralité douteuse et au style pour le moins sommaire, mais dont les défauts eux-mêmes étaient révélateurs d’un style d’écriture à visée purement commerciale, j’ai usé dans l’introduction des Galantes chroniques de renardes enjôleuses, traduction du Yaohu yanshi, roman à l’érotisme torride, de l’image du «gâteau cent fois bon» dont, ai-je écrit, “la lecture ne devrait pourtant pas être trop indigeste à qui sait mastiquer ou dispose d’un solide estomac.” [Picquier, 2005, p. 16]
Un astérisque placé juste après le mot “gâteau” invite tout naturellement le lecteur à consulter le répertoire à la page 142, où il peut lire :

Ce «gâteau cent fois bon» est celui confectionné par un chien et un chat dans le conte pour enfant imaginé par le peintre et écrivain tchèque Josef Capek (1887-1945). On en trouve de nombreuses adaptations dans toutes les langues dont celle des « Albums du Père Castor » (Un gâteau cent fois bon, traduit par L. Hirsch, Paris, Flammarion). Il fait bien comprendre que l’accumulation d’ingrédients a pour effet de produire un ensemble indigeste, impropre à la consommation.

En fait, au départ - c’est à dire voici plus de dix-huit mois, car ces Chroniques sont restées en attente pendant un an et demi avant d’être finalement publiées ! -, la notice était un peu plus longue, sans doute trop longue ... tout est affaire de jugement. La voici dans sa totalité, discursive à souhait, boursouflée comme je les aime :

Ce «gâteau cent fois bon» est celui confectionné par un chien et un chat selon une recette fort simple : « Tu mets dans ton gâteau tout ce qu’il y a de meilleur à manger et, quand tu as mis tout ce qu’il y a de meilleur, eh bien, le gâteau est le meilleur des gâteaux ! Si, par exemple, tu prends cinq des meilleures choses, ton gâteau est cinq fois bon. Si tu en mets dix, ton gâteau est dix fois bon. Nous, nous mettrons les cent meilleures choses, et nous aurons un gâteau cent fois bon. » Le problème, c’est qu’emportés par le mouvement, les deux pâtissiers amateurs dépassent la mesure et confectionnent le gâteau le plus indigeste du monde. Fort heureusement pour eux, un méchant chien le leur chaparde. Ce conte pour enfant a été imaginé par le peintre et écrivain tchèque Josef Capek (1887-1945). On en trouve de nombreuses adaptations dans toutes les langues. Celle que nous venons de citer figure dans les “Albums du Père Castor” (Un gâteau cent fois bon, traduit par L. Hirsch, Paris, Flammarion). Josef Capek est plus connu dans le monde des lettres pour ses essais sur l’art, son recueil de méditations en prose (Pèlerin boiteux, 1936), ses Poèmes du camp de concentration (1946) et les ouvrages qu’il écrivit en compagnie de son frère Karel Capek (1890-1938) « figure emblématique de l’intellectuel de la première République tchécoslovaque » (A. Maréchal) à qui on attribue généralement l’invention du mot « robot » (R.U.R., Rossum’s Universal Robots, 1920) qui reviendrait en fait à son frère aîné.

A la réflexion, ce gentil fatras n’est éloigné qu’en apparence des renardes qui hantent l’imaginaire chinois et donnent une tonalité si particulière à ce petit roman qui serait sans nulle doute resté inédit en traduction sans l'amicale insistance de Jacques Cotin -- du reste, qu’y a-t-il de si incongru à inciter les plus curieux à découvrir des auteurs fort prisés dans leur pays - les frères Capek [prononcez ‘tchapek’] - et à inviter à explorer les relations existant entre le sujet de départ - les créatures fantasmagoriques des Chinois d’antan - et les robots des Occidentaux d’aujourd’hui ?

Il n’y a pas à creuser longtemps pour s’apercevoir que les belles androïdes des fictions modernes ne sont pas si différentes de ces créatures de l’entre-deux qui peuvent se révéler tantôt nuisibles, tantôt bienfaisantes ou passionnément amoureuses. Sans aller chercher très loin, il n’est que d’évoquer les créatures imaginées par Philip K. Dick - mort un 2 mars voici très exactement 24 ans et un jour - dans notamment Do Androids Dream of Electric Sheep ?, librement mis en images par Ridley Scott dans Blade Runner (1982).

La version la plus élaborée de ces créatures sorties de l’imagination masculine rappelle toujours par certains côtés la fausse Maria du Metropolis (1927) de Fritz Lang (1890-1976). Elle, ou il (?), est le spécimen le plus ancien qui figure dans le Top 50 des Robots établi par le magazine Wired (Issue 14.01) ; elle n’y figure qu’à la 26e place. Mon préféré de la liste, HAL 9000, traîne, pour sa part, à la 47e place avec ce commentaire :

Some tasks are too important to be left to humans. Just ask Hal 9000 from 2001: A Space Odyssey. The 1968 [Stanley Kubrick’ s] film gave the world the ultimate all seeing, all knowing - and apparently all ego - A[rtificial].I[ntelligence] villain. It set the standard for machines that can think (and kill) like us but are too powerful to control.

Quant à la charmante Actroid-DER [et ses camarades que l’on peut voir sur le site japonais Kokoro-dreams (!)], androïde femelle développée pour assurer des fonctions d'accueil du public, actuellement opérationnelle en japonais, chinois, coréen et en anglais, et présentée à l’Exposition Internationale de 2005 à Aichi au Japon, elle ne figure pas au palmarès, tout comme la plupart des meilleures réalisations dans ce domaine qu’on peut découvrir sur Android World.

Mais tout ceci n’est-il pas un peu “déprimant“ comme le dirait sûrement l’attendrissant Marvin, l’androïde paranoïaque et dépressif inventé par Douglas Adams (11 mars 1952-11 mai 2001) pour The Hitchhiker's Guide to the Galaxy.

N’est-il pas tout simplement mignon ? [voir l'illustration ci-dessus]

mardi 28 février 2006

Mutadis muntandis

La meilleure façon de consulter PikaBlog est sans doute d’y accéder grâce à Firefox et d’user d’une extension appelée Sage, laquelle permet d’ouvrir toutes les entrées sur une même page, donc d’en avoir une vision complète sur deux colonnes. L'opération n'est pas très compliquée ; elle nécessite d'y consacrer un peu de temps, denrée fort précieuse, s'il en est. Mais à quoi bon se fatiguer lorsque les jours de ce blog sont peut-être comptés !

Ses habituels visiteurs auront sans aucun doute remarqué que je n’ai rien ajouté à ce blog depuis le 30 janvier 2006 !, date qui marquait, à quelques jours près, le premier anniversaire de sa naissance le 12 janvier 2005, après 77 messages ou notes postés au total : c’est à la fois peu -- en moyenne une entrée tous les 5 jours ! - et beaucoup, si l’on considère le temps consacré le plus souvent à des futilités. Si le ralentissement sensible de ces derniers mois s’explique aisément par une activité intense sur plusieurs fronts, ma désaffection de ces toutes dernières semaines est dûe à d’autres causes. L’une d’entre elles est d’ordre technologique est repose sur la sortie de l’iWeb d’Apple que j’ai reçu tout récemment. Ce nouveau logiciel est tellement bien conçu qu’il pourrait sonner la mort de ce PikaBlog réalisé avec BlogWaveStudio dont certains ont prédit la disparition prochaine. Rien n’est encore définitivement décidé. Tout dépend, finalement, de la mise à jour promise pour mars laquelle pourrait réserver des surprises.

En conclusion, qui vivra verra !

lundi 30 janvier 2006

Aurea mediocritas

Il y a dans l’Introduction à l’étude de la stratégie littéraire que livra en 1912 Fernand Divoire (1883-1951) beaucoup d’éléments obsolètes et de références qui tombent à plat parce qu’une bonne part des auteurs qu’il persifle et pourfend ont plongé comme lui dans l’oubli. Il n’empêche que ce court texte (à peine plus de 100 pages) mérite encore d’être lu par ceux qui s’intéressent au monde des lettres, ce que montre bien la postface (Francesco Viriat, “Physiologie de l’homme de lettres”) de la récente réédition de ce texte aux Mille et une nuits (2005). Elle reprend du reste ce passage qui donne bien une idée de la vigueur de l’attaque contre les mœurs littéraires et ses acteurs :

Il faut avoir le courage de le dire : le talent est un luxe agréable, mais complètement inutile à la carrière de l’homme de lettres. Pour un romancier qui veut être acheté, rien ne vaut la médiocrité. Aurea mediocritas, la médiocrité qui apporte de l’or.” (p. 53)

Mais qu’importe le décalage, en lisant les 26 rubriques de cette Stratégie caustique, on aura chacun des noms à ajouter à la liste de ceux visés par cette “satire des mœurs littéraires” d’hier mais aussi d’aujourd’hui. On pense évidemment à N. B., S. S., A. N. [le jeu est de retrouver qui se cache derrière ces initiales] mais pourquoi ne pas inclure dans la liste quelques vrai(e)s auteur(e)s chinois(es) ?

Que dire de Muzi Mei 木子美à laquelle Danwei, l’excellent site d’observation des média, de la publicité et de la vie urbaine en Chine, consacra un ‘post’ le 23/12 qui fournit le lien vers ses ‘podcasts’, sa 木的工作室.

Elle sait sans doute d’intuition ce que Divoire faisait mine de professer aux jeunes écrivains de son temps “ennemi[s] des efforts inutiles, qu’un seul livre, si l’on sait en tirer parti, peut suffire à toute une carrière littéraire.

jeudi 15 décembre 2005

Belles choses fausses

Pour 0,0824 € la page - prix somme toute assez raisonnable à côté des 10,47 centimes d’€ par page que coûteront aux imprudents curieux les Galantes chroniques de renardes enjôleuses (Picquier, “Pavillon des corps curieux”) -, on peut lire grâce aux éditions Allia (Paris) la troisième édition (2003) de la réédition en 74 pages de la traduction qu’Hughes Rebell réalisa en 1906 (!) de The Decay of Lying. An Observation d’Oscar Fingall O’Flahertie Wills Wilde (Dublin, le 15 octobre 1856, Paris, 30 novembre 1900). L’ouvrage est paru sous le titre Le Déclin du mensonge. Cette version bientôt centenaire mérite assurément d’être dégustée en compagnie de la version originale, ce qui est facile car le texte de Wilde est accessible ici, et sans doute ailleurs encore.

On connaît la thèse développée par Wilde dans ce fin dialogue datant de 1889 mais revu en 1891. Elle est dûment résumée par l’auteur dans les trois dernières pages : “L’Art n’exprime que lui”, “tout art mauvais vient d’un retour à la Vie et à la Nature et de leur élévation au titre d’idéal”, “la Vie imite l’Art beaucoup plus que l’Art n’imite la Vie” et “la révélation finale est que le Mensonge, le récit de belles choses fausses, est le but même de l’Art.”. On croise chemin faisant des formules très percutantes du type de celles-ci : “La littérature devance toujours la vie. Elle ne la copie pas mais la modèle à son gré” ; “très heureusement, l’art ne nous a jamais dit la vérité” ; “l’Art lui-même est en réalité une forme d’exagération ; et le choix, l’esprit même de l’Art, n’est rien de plus qu’un mode d’emphase” ; “la limitation, la condition même de tout art, c’est le style” ; “le réalisme est une faillite complète”, ou encore “l’imitation peut devenir la forme la plus sincère de l’inculte”.

Si les précédentes citations risquent de souffrir d’être lues hors contexte, certaines peuvent s’en échapper sans grand risque :

Les seuls portraits auxquels on croit sont ceux où il y a peu du modèle et beaucoup de l’artiste.

J’aime particulièrement ces deux-là :

I quite admit that modern novels have many good points. All I insist on is that, as a class, they are quite unreadable”, ainsi traduit : “J'admets volontiers que les romans modernes sont bons en bien des points. Tout ce que j'entends affirmer, c'est qu'en masse, ils sont tout à fait illisibles

et "If one cannot enjoy reading a book over and over again, there is no use reading it at all", ainsi traduit : Si l’on ne peut trouver de jouissance à lire et à relire un livre, il n’est d’aucune utilité de le lire même une fois.

C’est l’occasion de sortir ce passage de la “Préface” au Portrait de Dorian Gray [The Picture of Dorian Gray (1891)] dans laquelle Wilde écrivait :

The artist is the creator of beautiful things. There is no such thing as a moral or an immoral book. Books are well written, or badly written. That is all. No artist desires to prove anything. Even things that are true can be proved. All art is quite useless. L'artiste est le créateur de belles choses. Il n'y a pas de livre moral ou immoral. Les livres sont bien ou mal écrits. Voilà tout. Aucun artiste ne désire prouver quoi que ce soit. Même ce qui est vrai peut être prouvé. Tout art est relativement inutile.

En illustration le célèbre portrait d’O.W. réalisé en 1882 par Napoleon Sarony (1821-1896).

lundi 5 décembre 2005

Le «Wa» de Kong

Le Figaro publie aujourd’hui même une “Lettre à un ami chinois” signée Jean-Pierre Raffarin. Sans doute cet “ami chinois” est-il le camarade Wen Jiabao qui écume notre pays du Nord au Sud, mais peu importe car, si cet “ami chinois” n’aura aucun mal à comprendre le sens général de cette lettre à lui adressée, il risque d’achopper sur une ou deux perles du sénateur de la Vienne. Je cite et souligne les meilleurs passages :

“Pollution à Harbin, extension de la grippe aviaire, explosion dans une mine... Les malheurs de la Chine deviennent des douleurs de la planète. La Chine est sortie de l'imagerie magique pour entrer dans notre univers médiatique quotidien. Le débat est lancé pour déterminer la date à laquelle l'économie chinoise rattrapera celle des Etats-Unis. Ce contexte nouveau révèle la prise de conscience mondiale de « l'émergence chinoise ». La France veut garder une lucidité d'avance quant à l'avenir de l'Asie et doit franchir une étape nouvelle de ses relations avec la Chine. On ne plaisante plus avec Claudel : « Que pensez-vous des Chinois ? Je ne les connais pas tous.» On ne peut plus voler «vers l'Orient compliqué » avec « des idées simples ». Le temps est venu pour un pacte stratégique d'amitié entre la France et la Chine. La stratégie plus l'amitié. .../... Les Français aiment et respectent les civilisations multimillénaires. Les années culturelles croisées ont été un grand succès. Il nous faut donner un prolongement à cette dynamique amicale. Les projets de nos premiers ministres Wen Jiabao et Dominique de Villepin, quant à une déclaration commune relative au développement des échanges des jeunes, constituent une partie majeure de la réponse. .../... Les centres Confucius, tel que celui créé à l'université de Poitiers, tout comme leurs homologues de l'alliance française, stimuleront ces échanges. ../... Les intellectuels des deux pays peuvent aussi débattre des idées qui marqueront le siècle naissant. .../... Les questions sont nombreuses : que peut apporter le « wa », « la pensée de l'harmonie » après un siècle d'affrontement ? Dialectique, dialogique ? Echanger, c'est respecter. L'amitié entre les peuples se nourrit de tels échanges, c'est la condition pour éviter, ici, les excès de la peur et, là-bas, en réponse, les excès du nationalisme..../... Nous devons ensuite rechercher les moyens et les méthodes de la pérennité d'une confiance durable. Première condition de cette confiance : la transparence de nos échanges sur nos préoccupations telles que la promotion et le respect des libertés et des droits, la protection de l'environnement et le développement durable, les choix énergétiques, la lutte contre les inégalités... Les progrès constatés sur l'échange d'informations relatives à la grippe aviaire sont de bon augure. .../... Les amis doivent pouvoir se parler, notamment dans les moments difficiles, comme j'avais tenu à le faire, sur place, pendant la crise du Sras. ../... Des entreprises françaises créent en Chine, des entreprises chinoises viendront aussi créer en France. Cette recherche d'équilibre n'est possible que dans le cas d'un pacte stratégique et d'amitié. Quand un pays, comme la Chine, avec vingt millions d'habitants de plus par an, crée ainsi « une France supplémentaire » tous les trois ans, notre devoir est d'aller au contact de son peuple, «le peuple le plus optimiste de la planète».

Fin de citation, sonner trompettes !

Une note vient éclairer le lecteur français sur la signification du "wa" qui est présenté comme, je cite encore, “une notion clé chez Confucius = concilier les forces opposées plutôt que les combattre”. Tout est dit ! Mais, surtout pas de panique : “gardons une lucidité d’avance” et “allons au contact”, “ Echanger, c'est respecter”, dixit Raffarinius. Wa, wahhhhh......

vendredi 18 novembre 2005

Stercus cuique bene olet

Une panne d'internet est toujours salutaire pour la lecture. Grâce aux défaillances de Wanadoo donc, je me suis plongé hier soir dans le dernier ouvrage de Simon LEYS, lequel a pour titre Les idées des autres idiosyncratiquement compilées par Simon Leys pour l'amusement des lecteurs oisifs (Paris : Plon, 2005), au prix un peu abusif de 14 euros pour seulement 135 pages.

Je ne regrette pas mes sous car c'est un festival de bons mots et de pensées bien formulées qu'a su réunir le grand sinologue qui nous fait partager là ses trouvailles volées à pas moins de 180 auteurs différents de toutes les époques et de toutes les cultures, soit un bon demi-millier de citations réparties en quelque 170 rubriques rangées en ordre alphabétique.

Pour la Chine, notons les noms de quelques célébrités Gong Xian (1599-1689)(1x), Jia Dao (779-843) (1x), Li Bai (701-762) (1x), Sima Qian (vers 145 - 90 av. J.-C.) (2x), Su Dongpo (1037-1101) (4x), Wang Wei (701-761)(1x), Wei Yingwu (737- vers 792)(1x), Xin Qiji (11400-1207) (1x), Xun Zi (vers 313-238 av. J.-C.) (1x), Zhuangzi (vers 396-286 av. J.-C.)(3x) et le bon Confucius (551-479 av. J.-C.) (4x) et un Jiang Jie (1x) que je ne suis pas parvenu à identifier. Les citations chinoises apparaissent en chinois, dans une élégante calligraphie, et en français.

Page 85, figure une maxime empruntée à la "Biographie du Prince Shang" alias Shang Yang 商鞅 ("Shang Jun liezhuan" 商君列傳) rédigée par Sima Qian 司馬遷 pour ses Mémoires historiques 史記 (Shiji, 68.8) : Qian ren zhi nuonuo, buru yi shi zhi e'e 千人之諾諾不如一士之諤諤

Pour elle, Leys alias Ryckmans (Pierre) a forgé une traduction très percutante :

"Les oui-oui de la foule ne valent pas le non-non d'un seul honnête homme".

Dans sa traduction de la biographie, Jacques Pimpaneau (Sima Qian, Mémoires historiques. Vies de Chinois illustres. Arles : Picquier, "Picquier Poche", n° 187, 2002, p. 73) la rend plus platement par : "L'approbation de mille personnes ne vaut pas les critiques d'une seule". Roger Darrobers (Proverbes chinois. Paris : Seuil, "Points/sagesse", Sa 109, 1996, p. 50) propose quant à lui : "Mieux vaut les critiques d'un seul homme que l'assentiment de mille."

La citation de Sima Qian intervient dans la rubrique "NON" pour laquelle Leys convoque également Chamfort (Sébastien-Roch-Nicolas) (1741-1794). Son intervention, (réelle ou attribuée) ne semble pas tirée de son œuvre posthume Maximes, pensées, caractères et anecdotes (1795) - SL ne fournit pas les références des citations. Elle finit ainsi :

"Savoir prononcer ce mot et savoir vivre seul sont les seuls moyens de conserver sa liberté et son caractère."

Chamfort, encore - il apparaît six fois dans l'ouvrage - à la rubrique "Amis" cette fois :

"Dans le monde, vous avez trois sortes d'amis : vos amis qui vous aiment, vos amis qui ne se soucient pas de vous, et vos amis qui vous haïssent".

Chamfort, toujours, pour finir, à la rubrique "Rire" :

"La plus perdue de toutes les journées est celle où l'on n'a pas ri".

Allez, encore une, fort juste et bien tournée, cette fois prise à Erasme (vers 1467-1536) - représenté ici par Hans Holbein (Le jeune) (1497-1543) (c'est l'illustration de couverture du livre de S. Leys) -, d'abord en latin : "Stercus cuique bene olet", puis dans sa traduction française : "Chacun trouve que sa propre merde sent bon".

Collier de pensées

Inspiré par le dernier ouvrage de Simon Leys, je vais moi aussi me mettre à enfiler selon l'humeur des jours et au fil de mes lectures, les citations et les pensées des autres. Voici donc pour commencer, un lot de trois pensées sur la littérature trouvées dans Le Démon de la théorie. Littérature et sens commun d'Antoine Compagnon (Paris : Le Seuil, coll. “Points/Essais”, 1998, 344 p.) et notées dans un coin de document sur le roman chinois (!) depuis des lustres :

Une définition de la littérature est toujours une préférence (un préjugé) érigée en universel.”

Le terme littérature a donc une extension plus ou moins vaste suivant les auteurs, des classiques scolaires à la bande dessinée, et sa dilatation contemporaine est difficile à justifier. Le critère de valeur qui y inclut tel texte, c’est-à-dire qui en exclut tel autre, n’est pas en lui-même littéraire, ni théorique, mais éthique, social et idéologique, en tout cas extra-littéraire.” (p. 36).

Mais si la littérature peut être vue comme contribution à l’idéologie dominante, “appareil idéologique d’Etat” ou même propagande, à l’inverse on peut aussi insister sur sa fonction subversive, surtout depuis le milieu du XIXe siècle et la vogue de la figure de l’artiste maudit. (...) La littérature confirme un consensus, mais elle produit aussi de la dissension, du nouveau, de la rupture.” (p. 38-39).

Certes, elles n'ont pas la puissance de celles des pages 61-64 du Leys - pour l'occasion, il fait appel à Jean Pauhlan (1884-1968) (2x), Gilbert Keith Chesterton (1874-1936), Joseph Conrad (1857-1924), Gustave Flaubert (1821-1880), Clive Staples Lewis (1898-1963) -, mais elles n'ont pas trouvé de place ailleurs. Elles me seront - je suppose - utiles un jour.

De la "Littérature" au "Livre" il n'y a qu'un pas. Page 65, du même livre justement, on peut lire cette remarque d'Arthur Schopenhauer (1788-1860) (cf. illustration) :

"Acheter des livres serait une bonne chose si l'on pouvait simultanément acheter le temps de les lire. Mais de façon générale on confond l'achat d'un livre avec l'appropriation de son contenu".

Petit complément de 4 décembre.

Quelques 'bons mots' d' Arthur S., qui avait placé une phrase de Chamfort en exergue à son "Introduction" à ses Aphorismes sur la sagesse dans la vie : “Le bonheur n’est pas chose aisée, il est très difficile de le trouver en nous, et impossible de le trouver ailleurs.” On la retrouve également chez Leys (p. 20)

Les citations suivantes proviennent du chapitre VI, “De la différence des âges de la vie” de ces Aphorismes (PUF, “Quadrige/Grands textes”, Cantacuzène, J.-A. (trad), (1943) 2004) :

Pendant l’enfance la vie se présente comme un décor de théâtre vu de loin ; pendant la vieillesse, comme le même, vu de près.” (157)

On peut aussi (...) comparer la vie à une étoffe brodée dont chacun ne verrait, dans la première moitié de son existence, que l’endroit, et, dans la seconde, que l’envers ; ce dernier côté est moins beau, mais plus instructif, car il permet de reconnaître l’enchaînement des fils.” (160)

Considérée du point de vue de la jeunesse, la vie est un avenir infiniment long ; de celui de la vieillesse, un passé très court.” (161)

Encore plus drôle sur la même page : “Dans l’âge avancé, chaque jour de la vie qui s’écoule produit en nous le sentiment qu’éprouve un condamné à chaque pas qui le rapproche de l’échafaud.” (161)

La vie humaine, à proprement parler, ne peut être dite ni longue ni courte, au fond, elle est l’échelle avec laquelle nous mesurons toutes les autres longueurs du temps.” (172)

La différence fondamentale entre la jeunesse et la vieillesse reste toujours celle-ci : que la première a la vie, la seconde la mort en perspective ; que, par conséquent, l’une possède un passé court avec un long avenir, et l’autre l’inverse. Sans doute, le vieillard n’a plus que la mort devant soi ; mais le jeune a la vie ; et il s’agit maintenant de savoir laquelle des deux perspectives offre le plus d’inconvénients, et si, à tout prendre, la vie n’est pas préférable à avoir derrière que devant soi.” (172)

Piquant, non ? On trouvera un lot de 33 citations du même auteur et du même acabit >> ici . Ne pas manquer de passer par l'accueil du site de Gilles G. Jobin, 'Au fil de mes lectures', qui contient actuellement 15 207 citations de plus de 495 auteurs !